A propos du Kojiki, Matthieu Gosztola et Pierre Vinclair

A lire, la première partie d’un bel entretien entre Matthieu Gosztola et Pierre Vinclair sur le site de La cause littéraire. Il y sera question d’épopée, de course à pied et du Kojiki.

Le Kojiki sur le net

Merci aux webmestres des sites qui diffusent la bonne parole du Kojiki :

Japoninfos

Nautiljon

Vue du Japon

Le Kojiki à Shanghai

A l’occasion de la publication de la reprise, en français et en vers, du Kojiki, l’Arbre du voyageur, la librairie française de Shanghai, a proposé à Pierre Vinclair d’organiser une lecture suivie d’une séance de dédicace. Dimanche prochain, le 12 février à 16h, les dieux danseront donc sur la Wuyi road - ils feront la guerre, et l’amour…

Rendez-vous à l’adresse suivante :

JPEG - 25.4 ko

155 Wuyi Lu,
Bâtiment Shixing, 4F
Shanghai , 200050
Métro : JiangSu Lu, ligne 2.
上海市长宁区武夷路155号世星大楼4楼
地铁2号线江苏路站

Vous pouvez si vous le souhaitez indiquer votre présence par téléphone au 6225 5723, ou par courriel : arbreduvoyageur @ gmail.com

Pascal Boulanger en séminaire

Pascal Boulanger sera invité le jeudi 15 mars au Séminaire « Corps, Langages, Pensée, chez l’Enfant et l’Adolescent » de 14h à 16h30.

Lieu : Etablissement Public de Santé Maison Blanche
6-10, Rue Pierre Bayle – 75020 Paris
Métro : Philippe Auguste
Contact : Tél. : 01 42 02 20 77

Le Kojiki selon Laurent Albarracin

À lire, un très bel article de Laurent Albarracin, consacré au Kojiki de Pierre Vinclair & Yukako Matsui, sur le site de Pierre Campion.

Nombreux à cet égard sont les contes ou les mythes qui parsèment et hérissent le Kojiki d’un éclat tout ensemble maléfique et sublime. Voici un extrait de l’un d’entre eux :

« Alors que Brillante-au-Ciel
veillait dans l’atelier sacré à la confection des vêtements
augustes des Supérieurs,
il perça un trou dans le toit de l’atelier et y laissa tomber
l’un de ses célestes chevaux tachetés que l’on nomme
étalons-pies. Il l’avait écorché de la queue à la gueule –
ce qui effraya tant la Supérieure occupée
à tisser calmement les vêtements célestes,
qu’elle s’empala, vagin en avant, sur les broches de son métier.
 » (p. 39-40)

Il me semble que ce court fragment légendaire touche à la poésie non seulement dans sa formulation, mais encore parce qu’il exprime justement les pouvoirs d’origine de la poésie, qui sont de captation et de fascination, et qui consistent par exemple à effrayer jusqu’à la précipitation, jusqu’à provoquer la percussion et fulgurante fusion des êtres et des choses, de l’animal et du divin dans l’homme, ou encore de ce qui relève de sa sexualité et de sa destinée.

(Extrait)

Ivar Ch’Vavar travaille le poème

Les crétins et les fous – même non picards – qui croient savoir ce qu’est et doit être la poésie aujourd’hui peuvent reposer dans la paix de leur ignorance du recueil d’essais, lettres, articles, poèmes par lesquels un poète au nom pas trop d’ché nous, Ivar Ch’Vavar (= Ivar le crabe : si  un volcan est assez dingue pour aller à reculons, ça lui va bien) reprend ces questions d’une manière radicalement renouvelée. En compagnie 1. d’une très haute idée de la poésie, référée à la trinité Lautréamont Rimbaud Mallarmé  2. de la conviction de sa mort et de l’ambition de la ressusciter en revenant à la poésie dite, « performée »  3. d’un refus catégorique de se  laisser dissoudre dans des formalismes abstraits et inexistentiels ou dans le ronron d’une quelconque ronroutine  4. d’un primitivisme plus ou moins consciemment humoristique, qui l’a conduit par exemple à donner des interprétations chamaniques d’œuvres de Jules Verne  5. d’un cristal intellectuel [fourni sans doute par la firme Maldoror & Co, Ltd] remarquablement adapté à l’auto-observation de la genèse et de la micro-constitution des poèmes  6. d’un désir obsédant d’être présent à sa vie, là où l’on est – qui l’a mené notamment à « inventer » la « Grande Picardie Mentale » et à écrire en picard un long poème au titre emblématique, « Ichi Leu » (Ici là)  7. d’une sorte de rage passionnée (ou de passion rageuse ?) qui évoque les souvenirs trop grands de Van Gogh, Artaud ou Gilbert-Lecomte  8. d’une basse continue de « déglingue mentale », qui l’a contraint notamment à créer une centaine d’ectoplasmes poétiques et à vampiriser – spirituellement – des textes d’autres qu’il aurait presque pu signer, folie qui ne se laisse pas toujours suffisamment canaliser. Les poètes-philosophes qui souffrent d’heideggerophobie auront du mal à ingérer les considérations répétées sur la poésie qui permet d’accéder à « l’Être », au « Réel », mais s’ils se reportent à leur expérience, ce qu’Ivar Ch’Vavar dit à travers ces termes trop gros et trop lourds paraîtra évident. Ceux qui souffrent de bretonophilie trouveront un peu expéditifs les jugements sur l’importance donnée par les surréalistes à l’image (analogie), mais on ne saurait attendre trop de compréhension dans ce sens de quelqu’un qui cherche à fuir l’infernal paradis des images et retrouver un rapport direct au monde, dans la lignée du 2ème Giacometti ou de Bonnefoy, et cette incompréhension lui a permis d’arriver à une idée vraiment neuve – ou très ancienne : « Le poète n’est pas tant un voyant et pourvoyeur d’images qu’un passant, et un passeur ». Certains lecteurs portés eux-mêmes sur l’auto-multiplication ectonomasticoplasmique penseront peut-être que 111 hétéronymes, ce n’est pas beaucoup, mais… pas beaucoup

Étienne Cornevin

Ivar Ch’Vavar
Travail du poème
Éditions des vanneaux – 23 €

On pourra lire une version abrégée de cette critique dans le prochain n° des Cahiers Critiques de Poésie du CipM.

Gilles Weinzaepflen

Qu’est-ce que la poésie contemporaine ? qui la fait ? comment ? où ? qui la diffuse ? Le film de G. W. présente les réponses variées d’une vingtaine de poètes et  d’éditeurs : pour la plupart ils continuent l’activisme artistico-poétique moderniste, soit en faisant des « performances » (Stéphane Bérard érikçatue, Anne-James Chaton écrilesonne, Julien Blaine déballe ses éléphants d’Hannibal), soit en mettant en scène la lecture de leurs  expérimentextations (Jacques Demarcq fait s’envoler dans un autobus une évocation ornythobruitiste de Loplop, Lucien Suel donne à voir un objet de callipygolyrisme champêtre, un extrait d’Hölderlin au mirador d’Ivar Ch’Vavar est accompagné par des images de blockhaus sur une plage, …). Les éditeurs apparaissent comme des militants du retour de la poésie cœur de lion sans lesquels les amateurs de poésie vivante mourraient de soif dans le désert de la littérature commerciale. Malgré une inévitable partialité du choix, l’ensemble, très vivement monté, démontre en tout cas qu’en France année 2010 des poètes existent. Dire la qualité de leurs œuvres demanderait un examen beaucoup plus rapproché.

Étienne Cornevin

Gilles Weinzaepflen
La poésie s’appelle reviens
DVD – L’Harmattan/Les films d’un jour

Gilles Weinzaepflen
Noël Jivaro
Le clou dans le fer
16 €

On pourra lire une version abrégée de cette critique dans le prochain n° des Cahiers Critiques de Poésie du CipM.

bonne année 2012

À tous ses amis, artistes, auteurs, lecteurs, inconditionnels, sympathisants & plus si affinités, le corridor bleu souhaite une excellente année pleine de joie, d’effroi et de grâce.

2012 sera  l’année des 1300 ans du Kojiki, du nouveau livre d’Agnès Gueuret, d’un livre de la poétesse roumaine Letitia Ilea, d’apnées libératrices et de quelques surprises en provenance de l’hémisphère sud.

© photographie d’Armand Daydé

trois questions à Yukako Matsui

Comment avez-vous choisi les passages du Kojiki à illustrer ?

Pour les calligraphies de Kanjis*, j’ai choisi en fonction de leurs formes, pour celles des mots, j’ai choisi parmi les passages que j’avais lus et qui m’avait laissé une forte impression. Enfin, pour les calligraphies de Wakas (poèmes), j’ai choisi ceux que j’appréciais le plus.

Pouvez-vous nous expliquer votre façon de travailler ? Quel est votre point de départ ?

Je visualise d’abord dans mon esprit et après je calligraphie énormément… Je ne peux pas immédiatement décider de la qualité de ce que j’ai fait, parce que l’encre de chine évolue en séchant. L’atmosphère de l’atelier joue également. Je dois donc attendre au moins une journée. Je dessine toujours beaucoup pour atteindre  un résultat satisfaisant. Pour le Kojiki, j’ai dû réaliser entre 2000 et 3000 calligraphies et n’en retenir qu’une quinzaine.

Certaines calligraphies semblent torturées ou déstructurées, l’encre débordant parfois de la page. Est-ce une volonté délibérée de vous affranchir des codes de l’art calligraphique ?

Recherchant de la fraîcheur et de la nouveauté dans ma calligraphie, je me suis donnée deux priorités. Comme vous me le suggérez dans votre question, je voulais d’abord dessiner sans tenir compte des codes. La tradition veut que l’on peigne de gauche à droite, qu’on ne retouche jamais une calligraphie, qu’on ne déborde pas du papier, qu’on fasse bien attention à ne jamais faire de tache, etc. J’ai donc voulu transgresser ces règles en me disant : et pourquoi pas ?  J’ai ensuite  concentré mes efforts sur l’harmonie de la calligraphie avec le blanc.  Il n’y a pas que la forme du caractère dans une calligraphie comme on pourrait le penser à première vue. Les relations qui naissent et se développent entre l’encre et le blanc de la page m’intéressent tout particulièrement.

*Les Kanjis sont les éléments d’origine chinoise d’un des trois ensembles de caractères de l’écriture japonaise avec les hiraganas et les katakanas.

le KOJIKI en librairie

Pour nos amis citadins, le KOJIKI de Pierre Vinclair & Yukako Matsui est disponible à Paris chez JUNKU et LE PHÉNIX ainsi qu’à Tokyo chez OMEISHA.