géorgiques de guillaume condello 12

et ce n’est pas

ces astres brillants

en vain en

quatre temps

égaux nous partagent

les ans

je chante

les moissons je dirais

cela

n’est plus pareil

les êtres animés

changent

sans doute

le printemps vit

naître

l’univers sans doute

et les machines

bourdonnent

une musique

l’été            continue

dans la maison

climatisée

les cigales

se taisent déjà elles

savent

l’automne

sans violons et

le chant des

vendanges

et

le sang des machines

sans arrêt

le froid

dans la maison

chauffée

tu ne crains pas

l’hiver

tu marches sans doute

nu comme

les animaux            chez toi

la nature n’a pas encore

profané l’art

we can plant

a house we can

build a tree

ainsi

de tes travaux et

de tes peines

le cercle

tu entends

une musique des

machines des

sphères

quand tu écoutes

le silence

c’est ça que

je chante            sans doute

en vain

elem klimov

Les films d’Elem Klimov  (1933-2003) constituent une énorme claque esthétique, politique, métaphysique et avant tout existentielle. Rarement le cinéma n’aura su élever l’image en mouvement au rang de propagande magique. Car c’est ce que fait d’abord Klimov : filmer l’histoire pour un régime dont il est l’ardent défenseur. Raspoutine l’agonie (1981) peint la lente chute des Romanov dans une Russie en proie aux soulèvements révolutionnaires et le plus connu Requiem pour un massacre sous-titré bibliquement Come and see (1985) met en scène les massacres perpétrés par les SS en Biélorussie.

La technique la plus surprenante de Klimov dans son Raspoutine est l’utilisation d’images d’archives en noir en blanc, quand le reste du film est en couleurs, mélangées avec de fausses images d’archives qu’il a lui-même tournées. Le procédé est saisissant, propagande politique et mensonge esthétique s’alliant pour forger une paradoxale impression de réalité.

L’autre souci de Klimov, c’est la bande-son qui fait l’action quand le plan est vide ou qui le parasite quand il est plein: partout, tout le temps, des sons stridents et dissonants, de longues montées sonores qui accompagnent la folie ou la détresse des personnages et qui plongent le spectateur dans un trip halluciné.

On se dit que la réalisation devait être aussi pour les acteurs une expérience éprouvante et Klimov, comme Herzog, leur demandait en effet beaucoup. Sur Requiem pour un massacre, il utilisa des balles réelles lors des scènes de bataille, manqua de noyer ses deux jeunes acteurs lors de l’incroyable scène de traversée d’un bourbier et fit hypnotiser le jeune partisan pour effacer toute trace de traumatisme après un tournage de neuf mois

Klimov n’a pas son pareil pour donner à voir l’hystérie des peuples et des puissants, ainsi que le désespoir des humbles. Ainsi erre Nicolas II dans les couloirs secrets de son palais, impuissant et désemparé, remettant les destinées de la sainte Russie entre les mains d’un moine débauché qui croit autant en sa folie qu’il en jouit.

24 heures du mans

Ré pon nou n’a jamais caché son amour de l’automobile et vous invite à suivre la très étonnante initiative du site caradisiac avec radio valentina. Une expérience sensorielle !

géorgiques de guillaume condello 11

et je l’ai vu errer

huit heures par             jour

après jour             tissant

un destin

et je l’ai vu tisser

une machine

une tapisserie

pour ses appartements

identiques

et les Parques

désœuvrées

les fils qu’elles laissent

à l’école

huit heures par jour

désœuvrées

et les Parques disent

qu’un homme ait un fils

un seul

et la maison des ancêtres

et le bien s’amasse dans les salles

au bord de la table

je l’ai vu

assis

sur un banc

la bouche pleine

et le fils sait

où est son père

et le fils qui

refuse la ressemblance

l’œil perdu dans

les tapisseries dessinent

un paysage perdu

et lui

regarde le

destin de son fils

sans lui

s’écrit

inaudible