Archive pour juillet 2009

un poème d’antoine dufeu

Esquisse d’une commotion

« Donc… »


Aujourd’hui Arthur Gonzalès-Ojjeh

prend le train

et toujours s’adresse aux gens.

Jusqu’à Calais Frethun il utilisera l’Eurostar.

Contrôle des flux migratoires oblige,

même pour

rester en France

un double contrôle de papiers

franco-britannique

s’impose ;

juste pour le plaisir

de faire chier

tout le monde.

Au premier check point le douanier a l’œil

des mauvais jours :

la carte d’identité d’Arthur

est peut-être un faux !

Sa carte est écornée,

et la pauvre machine

est incapable de la lire :

damned !

il va falloir,

entrer le numéro

à la main…

Du coup la communication est

cinglante, antipathique, à sens unique :

« Va falloir changer votre carte ».

Sans doute circuler aussi librement

que marchandises et capitaux,

muni d’une carte écornée mais valide

est-il indigne d’un être humain

et d’un citoyen français ;

sans doute est-ce là le signe d’une marginalité

quasi fatale

qu’il s’agit de réprimer

ou corriger,

à la source,

dès que possible.

Sans doute…

Et sûrement faudra-t-il un jour

abolir tous les passeports du monde,

toutes les frontières au monde

pour permettre aux gens de vivre

et aller librement

où bon leur semble !

En attendant cet heureux moment

décidé par tous,

cette expérience eut pour effet immédiat

de propulser Arthur

dans de nouvelles pérégrinations.

Nos désespoirs crépitent en nos musiques

qui, bien que tonitruantes,

d’autant plus tonitruantes

qu’elles sont

garanties par des potentats,

nous empêtrent et avilissent

toujours plus,

où l’adresse est bannie,

la force étreinte.

Au lieu des deux,

la terreur hante

nos avenirs radieux :

misère et drames s’éternisent.

donc

nous confions toujours plus,

et davantage encore,

aux intérêts privés

par la logique et la mécanique de l’endettement

des personnes et des états,

poussées aux limites de l’extorsion.

donc

l’espoir aurait vécu.

Donc l’espoir est mort,

tripoux englué dans une mélasse puante de WC

impossibles à déboucher.

Témoin le brouhaha du monde en

comptabilité de logements sociaux :

un à droite : cache-misère

trois à gauche : cache-misère :

tampoco.

Nuée d’humains déposés

sur des comptes d’endettement

versés aux intérêts privés

de nouveaux services payants

nous sommes simplement les filles et les fils,

frères et sœurs,

d’un temps où il fait bon vivre

dans le déni de l’égalité économique

abandonnée au puits sans fard

des fonds de pensions

de tous les Nasdaq du monde.

et l’humanité irait vers sa fin,

prochaine,

sans plus d’apocalypse

presque naturellement,

plutôt faute de combattant

ou de désir

de vivre ensemble

de continuer

de découvrir

d’enchanter ;

d’œuvrer à l’épanouissement d’un genre humain.

Non ! tout cela est impossible ;

c’est insupportable.

Arthur, dans ce train lancé à pleine vitesse,

plutôt que d’entamer un nième dialogue de sourd

avec lui-même,

aurait sans doute pu,

forts de ses expériences de recapitalisation,

calculer le risque

d’un bref regard plongé

dans le premier décolleté venu

ou

dans l’intimité limite vulgaire du sac de voyage

d’une quelconque vieille folle…

Il en décida autrement.

Parce que c’est

en 2007

que je m’exprime, pense et vis

et que je suis littéralement désespéré,

de suite révolté,

par l’état de notre monde et les conditions d’existence

de l’immense majorité de ses habitants,

je voudrais conter et livrer tous les chiffres de mon époque.

Je voudrais tellement les exaucer,

leur faire cracher la vérité

et diagonaliser tous les tournants de l’enchaînement invariable

des crises financières et économiques.

En 2002 et 2003, selon des rapports du

PNUD (Programme des Nations Unies pour le Développement)

1,2 milliard de personnes vivaient avec moins de 1 dollar par jour,

1,1 milliard d’habitants ne disposaient pas d’eau potable,

840 millions d’entre nous souffraient de malnutrition,

les ressources des 358 personnes les plus riches égalaient

celles des 2,3 milliards les plus pauvres.

S’agit-il

[stopper/les/flux/irrépressibles/d’argent]

oui ou non de notre monde ?

Il faudrait l’affirmer distinctement :

nous ne voulons plus de « développement » ;

nous avons vu où il nous a mené.

Il faudrait entreprendre dès à présent

la construction

de l’égalité économique

entre tous les habitants de notre planète.

Il faudrait dès maintenant

en finir avec tout romantisme révolutionnaire.

Mais je ne fais là que reprendre une litanie,

mainte fois pérorée,

féconde et vivace tyrannie

de l’unité rêvée,

jamais réalisée.

Je dois poursuivre,

malgré moi…

Aujourd’hui ou dans quelque temps,

| trois milliards des Terriens n’ont pas 2 dollars par jour

pour vivre,

alors que tout le monde devrait recevoir

tout le nécessaire

et vivre Et vivre !

| la richesse mesurée du monde atteint 40 888 milliards de dollars

lorsque les dettes des entreprises banques et Etats

sous forme obligataire

représentent 26 000 milliards,

| les marchés des changes traitent quotidiennement

1 600 milliards de dollars,

| mon patron vient de toucher une prime de 53,4 millions de dollars,

| ExxonMobil a engrangé 39,5 milliards de dollars de bénéfice,

| un PDG gagne en moyenne 187 fois plus

qu’un ouvrier ou un employé. C’est tout . Et n’importe quoi.

Combien de temps ces chiffres

vont-ils encore me poursuivre,

hanter mes jours,

instar de mes nuits,

me faire enchaîner renoncement et culpabilité ?

Combien de temps accepterons-nous encore

l’orthodoxie financière mondiale

des chasseurs d’argent ?

Dans ces conditions,

moi,

je ne veux plus fabriquer de l’argent ;

je veux en disposer

et exister ;

je veux que le monde entier

en dispose

et existe.

Je veux

l’égalité politique et économique

entre nous tous.

Elle est possible.

netvibes

Découvrez l’univers netvibes du corridor bleu.

un événement!

Le premier livre entièrement consacré au poète Louis-François Delisse vient de paraître aux éditions des vanneaux. On le doit à Laurent Albarracin qui signe là une présentation lumineuse. En moins de 50 pages, Albarracin parvient à saisir les grands moment d’une œuvre ainsi que ses motifs les plus importants. Il écrit des lignes importantes sur le « lyrisme sec » de Delisse qui, par une économie certaine de moyens, produit une poésie tiraillée entre l’infime du monde, le maigre, le pauvre, l’épineux et un érotisme flamboyant voire cosmique. Cette présentation est suivie d’un copieux choix de textes puisé dans les trois grands livres de Delisse: la livre noir Aile, elle (textes écrits en Afrique) le livre blanc  Le Logis des gémeaux (textes écrits en France, à paraître au corridor bleu) et le livre rouge Les Lépreux souriants qui regroupe les textes les plus sulfureux.

On pourra lire un article de Jacques Josse sur remue.net consacré à cet ouvrage.

site des éditions des vanneaux

acheter le livre

vinagi gotov d’antoine dufeu

Vinagi gotov est le titre du dernier livre d’Antoine Dufeu publié par les éditions MIX. C’est du bulgare et cela signifie toujours prêt. Vinagi gotov est avant tout un livre de poésie: écriture en vers, expérimentations visuelles, lyrisme ample qui tente d’atteindre les confins de l’univers mais aussi sec en ce qu’il célèbre moins le je que le nous d’une fraternité esthético-politique.

Antoine Dufeu vient de lancer avec Christophe Manon le numéro 2 de la revue MIR.

Vous pouvez acheter Vinagi gotov ici

et bientôt vous pourrez lire sur ré pon nou un poème inédit d’Antoine Dufeu.