la dernière épopée

A lire dans la revue Europe n° 964-965 (août-septembre 2009) un article de Pascal Boulanger consacré à La dernière épopée de Charles-Mézence Briseul :
Depuis que les dieux ont débarrassé le plancher pour faire place au « dernier homme » nietzschéen, peu de projets poétiques osent témoigner encore d’une épopée. Et pourtant, un monde toujours s’imprime et si l’histoire a bien lieu, partout et ici même en Occident, la poésie ne devrait pas être un simple ornement, ni un passe-temps, mais demeurer le fondement qui supporte l’histoire.
Le dernière épopée de Charles-Mézence Briseul, qui fait notamment suite à Guerre (Sens & Tonka, 2003) et aux travaux collectifs menés par l’écrivain Ivar Ch’Vavar : Le jardin ouvrier : 1995-2003 (Flammarion), travaille un vers ample noué aux foulées de l’histoire humaine et de son actualité. Jouant sur un matériau préexistant – les grands récits mythologiques et bibliques – elle traverse tout autant notre présent, désordonné et sombre.
(…) prophète, que ta voix noire ouvre les temps / rappelle les dieux anciens, les sales putes, les porcs / le mimosa et la couenne, que le roulement de tes tambours / précède leur réveil / qu’ils s’avancent / nous avons dévasté et négligé / qu’ils reviennent.
Agissant par remémoration et intuition, gestes ancestraux et épiphanies, ce long poème est un savoir du monde. Celui qui, au hasard des pérégrinations animales et humaines, dévoile l’envers du temps en soulignant sa beauté et son désastre. L’accumulation et l’interruption de sens imposent une singulière force rythmique qui s’oppose à une vision linéaire ou cyclique du temps pour illustrer, à l’inverse, un temps prophétique, un temps à éclipses. C’est alors le contre-feu de ces lignes de prose qui traque les voix et leurs dissonances, le centre et ses périphéries événementielles, la gloire et sa chute infinie. C’est aussi l’appel d’un seul nom (Assur, le dieu assyrien dans le chant premier du recueil) qui convoque tous les noms pour laisser chanter la matière du monde dans son magnifique chaos. C’est enfin le poète lui-même qui brise symboliquement les chaînes des époques en traçant la figure de l’exilé contre celle, mondaine, de l’enraciné.
Pascal Boulanger
j’adhère.
beaucoup appris