le christ pourquoi faire?

58217

Passé complètement inaperçu sinon pour récolter une volée de bois vert, assez inhabituelle, par la critique autorisée, Dante 01 est le premier film de Marc Caro, co-réalisateur avec Jean-Pierre Jeunet des plus connus Delicatessen et La Cité des enfants perdus. Le journal Libération dénonça entre autres un message douteux. Et c’est bien vrai. Si Caro, d’un point de vue esthétique, nous offre un honnête film de sf sans grande surprise, qui emprunte aux grandes références du genre, merci Kubrick, et lorgne méchamment vers le carcéral Alien 3, c’est plutôt le propos, d’abord implicite, puis de plus en plus affirmé, qui ne laisse pas de surprendre sinon de fasciner. Dante 01 décrit la vie d’une station orbitale dédiée à des expériences sur des détenus volontaires. 3 médecins, 2 gardiens et 7 prisonniers, soit 12 apôtres. Des noms de personnages qui mélangent les mythologies et les religions, voire plus : Perséphone, Moloch, Lazare, Bouddha, Raspoutine… Quelques références à la Divine comédie. Et un détenu étrange, quasi muet, que ses compagnons de cellule surnomment saint Georges en raison d’un tatouage sur son épaule représentant le chevalier au dragon. Il ne parle pas mais réussit à libérer ses compagnons de leur haine. On le comprend rapidement, saint Georges c’est le Christ qui vient sauver à la fois les détenus et les gardiens du mal qui les ronge. Et le spectateur de suivre le chemin de croix des apôtres qui accueillent plus ou moins bien la bonne nouvelle. La dernière scène est littéralement hallucinante. Saint-Georges en cosmonaute se retrouve à l’extérieur de la station en perdition dans le vide sidéral. Vision pascalienne. Les bras en croix, son corps se confond avec la station orbitale qui a la forme d’un crucifix posé sur une planète de feu en arrière-plan. S’ensuit une longue séquence psychédélique un peu (trop) pompée sur 2001 où l’on voit la planète de feu devenir progressivement bleue et verte. Et le spectateur de se demander si le Christ a un sens hors de la Terre ou s’il n’est venu que pour cette Terre-là, qui porte les humains et leur violence inéluctable. Que faire du christ dans l’espace ou dans le désert ? C’est l’une des questions pour le moins effrayante de ce film à découvrir et à voir comme une lente méditation sur le mystère de l’Incarnation.

Laisser un commentaire