l’île de pavel lounguine

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Un moine perturbe par ses excentricités la vie d’un monastère sur une île du nord de la Russie. Il possèderait le pouvoir de guérir les malades et de prédire l’avenir. Mais le père Anatoli, que l’on vient voir de très loin et que certains considèrent comme un saint, porte une lourde faute dont il ne parvient pas à se libérer.

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Le film de Pavel Lounguine choisit le monde orthodoxe de la prière perpétuelle comme cadre. Loin de l’anecdote ou de la reconstitution fidèle, ce qu’il est par ailleurs, au-delà même du propos religieux, le film se veut avant tout mise en scène de la condition humaine. Ainsi le moine en contre-jour sur son ponton de bois portant dans une brouette le charbon qui réchauffera sa communauté, avec en voix off la lecture des béatitudes, vit la passion de son existence en exigeant du spectateur sa seule pitié. Se délivrer de ses propres démons ne peut aller sans le souci du prochain, la souffrance est sanctification. Les seuls moments de respiration sont les instants de communion solitaire si l’on peut dire auprès des éléments : le père Anatoli, mi saint, mi fou, s’étend dans la mousse, s’asperge le visage d’eau glacée, se réchauffe auprès du foyer qu’il alimente tous les jours. Pavel Lounguine aime les plans où la nature est simple et dure : l’eau, la neige, la pierre, une végétation rare, le charbon, une île pour tout monde, la pauvreté comme royaume. Ce dépouillement, dont l’intérêt esthétique est évident, trop peut-être, renforce le propos allégorique  et permet de coller au ras des êtres, à l’image du fou qui, par ses farces incompréhensibles au prime abord, nous plonge dans la réalité immédiate que nous bafouons. C’est cela le péché, l’oubli de ce qui est évident, de ce que nous sommes.

PRINTEMPS ETE AUTOMNE HIVER ET PRINTEMPS

On pensera à un autre film dont les intentions et les moyens sont assez proches : Printemps, été, automne, hiver et printemps du Coréen Kim Ki Duk. Dans un temple bouddhiste au milieu d’un lac, un disciple affronte les angoisses de l’existence sous le regard impuissant et compatissant de son maître. Les grandes questions se posent toujours et sans cesse. Pascal comparait cela au réveil d’un homme abandonné sur une île déserte. Les hommes, misérables égarés…

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Filmer l’angoisse de la condition humaine souffre évidemment de grandiloquence. Lounguine tout comme Kim Ki-Duk s’en moquent puisqu’ils choisissent une voie plus risquée, celle de l’ascèse, de l’épure, une voie janséniste très peu médiane, au risque de faire fuir la moitié de la salle. Cela possède l’immense avantage de nous offrir des images superbes et simples comme des icônes, des images qui nous regardent, des questions qui nous voient, sans jamais imposer de réponses.

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