Archive pour la catégorie ‘à lire’

le printemps des poètes vu par wrath

Sur le blog de wrath, un petit bijou de mauvaise foi et d’aigreur, à consommer le matin pour se dire que la vie est belle, il y a un billet consacré aux printemps des poètes.

La question reste tout de même d’actualité.

l’offensive d’alin anseeuw 6 & dernière

Qui est lisible malgré tout) de lettres

Qu’on affectionne de produire en secret

J’y crois j’ai une pensée autour de toi

Pour me mettre à écrire sur les raisons

De fixer là un sens qu’on ne peut tenir

C’est un peu la poudre qu’il nous jette

Aux yeux (son idée fixe du commencement

Comment s’accroche-t-elle à son présent

Pourquoi des poèmes avec trop de blanc)

Une zone grise emportée par la dynamite

Ou par la vitesse d’écrire sur une page

Quelque chose de techno je ne sais quoi

Commence de la même façon comme le vers

sonnet justifié de 14 vers de 39 signes

alin anseeuw possède un site internet

lettre de la magdelaine

A  lire, écrite par Ronald Klapka, la dernière livraison de la lettre de la magdelaine consacrée à Pierre-Henri Castel qui publie L’esprit malade aux éditions d’ithaque.

souffles d’agnès gueuret

A lire, cet article de Pascal Boulanger dans la revue Europe (n°971 de mars 2010) consacré au dernier ouvrage d’Agnès Gueuret :

Le pas du temps, recueil publié en 2006, proposait une lecture poétique de l’évangile selon Luc, Sur les sentiers de Qohéleth (1) déchiffrait et renouvelait l’Ecclésiaste et aujourd’hui Agnès Gueuret poursuit son œuvre singulière en publiant ces Souffles qui sont des lectures d’Actes d’Apôtres. A travers un abécédaire, deux lignes mélodiques se dessinent, celles des voix qui résonnent toujours dans le livre des Actes et celles qui leur font écho, dans la conversion et la foi de Gueuret elle-même et dans les rumeurs du monde d’aujourd’hui. Sous cette écriture, à la fois savante et fluide, les apôtres, loin d’être considérés comme des personnages symboliques, sont incarnés, rendus vivants et en proie à la détresse comme au salut, en quête d’une communauté où se déploie ententes, partages, contradictions et conflits. Dans les Actes, il y a un retrait et une promesse : Celui qui vous a été enlevé, ce même Jésus, viendra comme cela, de la même manière dont vous l’avez vu partir (Ac 1, 11). L’Ascension est, à vrai dire, une descente. La descente complète de la gloire divine jusqu’aux dernières fibres de notre chair. Mais en attendant, c’est l’absence et la dévastation, le doute et la détresse qui s’élèvent dans ce chant poétique. Un désarroi et une déroute.

Les cailloux sous les pas roulent jusqu’aux ravins. Tout le jour sans délai, ils ont marqué la route. Visage sombre. Pierre et ses compagnons tracent leur fuite (…) Une nouvelle nuit à leurs pieds s’étendait. Roulés dans leurs manteaux, ils cherchaient le repos. Ils n’avaient depuis l’aube, à l’exception des psaumes, échangés aucun mot (…).

Les apôtres sont-ils ces cailloux humains traçant leur fuite sans promesse ni espoir ? Les voici orphelins, sans point d’appui dans l’espace hostile. Jérusalem est en guerre, l’exil semble sans fin, la certitude pourtant d’être là par un Autre et non par soi, gagne l’intime et le cœur. La force naît au cœur de la faiblesse, comme les apôtres, chacun toujours se perd là où, à la fois, chacun se retrouve. Il est beaucoup question d’océan, de vagues envahissant la grève et de naufrage dans ces textes. Hopkins, ému par le compte rendu du naufrage du Deutschland, en 1875, écrivit un poème sur ce drame dévoilant, à partir de cet événement, le paradoxe chrétien. Le salut est inimaginable sans la traversée du pire et de l’enfer. Car si Dieu se révèle au monde, il ne le gouverne pas. Et ce Christ monté au plus haut, trahi par les siens, crucifié, est celui qui toucha le fond. Souffrances et souffles participent à la conversion d’un regard posé sur soi-même et sur le monde qui laisse une marque indélébile dans l’âme.

à force de tomber toute larme finit

par creuser le granit au point de le sculpter

en la forme arrondie d’une coupe où puiser.

Après les traductions et les poèmes de Jean Grosjean, de Jean Mambrino ou encore de Jean-Pierre Lemaire, cette trilogie d’Agnès Gueuret, fait entendre une parole qui résonne au plus profond du temps.

Pascal Boulanger

(1) : Voir la note de lecture sur ce livre dans Europe n° 947 (mars 2008).