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un poème de loyan
La nuit est le réel de notre monde, marquant la fin de l’aveuglement, passant au noir le tain du fleuve découpé en son milieu par la proue d’un porte-conteneurs descendant à vide, à l’avant de sa masse un silence attentif, à l’arrière des ondes contraires auxquelles se superposent le violet de l’heure brune, les vagues produites provenant de l’eau et du son aussi, un tableau vibrant se mettant en place quelques secondes, l’ensemble valant plus encore après le plomb du jour rehaussé d’abord d’un descendant jaune à l’occident, la conscience s’enfonçant dans une musique d’arrache-tête, seule la joie restant, la joie restée d’adolescent par le retour de la lumière, la route verte d’arbres, la séquence du fleuve, la vue d’étoiles et de lune à demi tranchée, les larmes de la Saint Laurent retournées à leur queue de comète jusqu’à la prochaine année, la joie d’associer des disparus aux différents halos blancs francs ou orangés pâles, la joie de rentrer écrire à l’heure du réel, sous une lumière artificielle, l’air en tête, l’air du fleuve découpé au noir violacé, l’air du silence sur des tympans bourdonnants, l’air d’aimer ces extraits de sur-vie.
l’offensive d’alin anseeuw 5
L’aube ne déchire aucune phrase l’ombre
D’un peu de temps que pour cette raison
On ouvre la terre c’est quelques mètres
Carrés jusqu’à l’horizon Ils sont venus
Pour s’appuyer ils diront que la poésie
Attend cet instant et inonde les doigts
Dans la limite de la lumière les ongles
Tombent le corps s’enfonce dans le bleu
De la terre la poésie exprimée formatée
Je ne sais si la pensée explique un son
De ses plus hautes notes elle est forme
Et fille d’une rhétorique sans pourquoi
(ces vers à prendre comme à perdre sont
À l’œil et l’oreille et sont du prodige
sonnet justifié de 14 vers de 39 signes
saule abattu de philippe fumery 2
pierre d’angle
danger affleurant
le pied achoppe
au bord du fossé
envahi de ronces
le bas du vêtement
entravé
cheville
prise au lacet
trébuchant sur la borne
d’une parcelle hersée
semée de blé
en herbe
mitoyenne
d’une ancienne cense
bloc de marne cassée
à coups de masse
pour chauler
des terres maigres
pierre crayeuse
délitée
extraite
la carrière
abandonnée
moellon d’un soubassement
chapelle mise à sac
vestige de la table d’un autel
fracassé
fonds baptismaux
socle mis en terre
pour sa forme carrée
borne militaire
des légions romaines
à l’approche d’une cité
perchée sur un mamelon
d’où partent sept voies
en travées
la cheville tordue
douloureuse dans la sandale
de cuir
semelle décollée
l’offensive d’alin anseeuw 4
N’est-ce pas plus émouvant de la poésie
Voir le mouvement de plomb dans la page
Tout s’en va tout est dit note l’auteur
Dont le poème chante tombe entre beauté
& nature car la guerre est dans l’angle
Du temps non la poésie qui ne peut tout
Dire la neige et le froid le ciel blanc
Un homme cherche la mort dans son ombre
Et le salut plusieurs fois et j’incline
À penser que sous les arbres on dépasse
Dans un autre espace les nuages du noir
Que cette observation concerne l’auteur
Qui tient ses rêves au bord de la terre
& la folie dans le carré de la création
sonnet justifié de 14 vers de 39 signes

