Archive pour la catégorie ‘création’
bénédictions de jean piano
mon dieu mon très saint dieu national et fier
je m’incline quand passe le chariot ailé de mon âme au-dessus de mon front pur
je vous aime tant quand brillant vous resplendissez sur les cuirasses et les crosses des snipers
mon dieu mon très beau dieu je vous aime
quand je m’enfonce au fond de l’océan à la recherche de la profondeur
mon dieu je vous bénis de ne pas m’y faire chercher la mort mais l’anéantissement
mon dieu gardez-moi de la syncope de l’azote et autres péchés d’orgueil
mon dieu aidez-moi à flécher du premier coup l’espadon
le thon
la carangue bleue
et tous les prédateurs qui gardent les portes des profondeurs
au plafond des églises orthodoxes il y a la face du christ panthokrator qui vous couve avec la bonté et la puissance qui lui sied car il a sauvé les hommes
quand vous volez 20 m au-dessus des coraux et des canyons
vous êtes l’aigle affamé qui chérit ses agneaux craintifs
vous êtes le christ panthokrator qui le fusil à la main
attend de flécher le poisson qu’il dévorera le soir à la table fumante et riante
mon dieu mon très beau dieu vous êtes dans les cuisses des filles et dans le calice qui s’élève au-dessus de ma misère
mon dieu mon très beau dieu
la consécration est le moment le plus important de nos vies
il neige les hosties blanches dans ma joie illimitée
il neige de l’amour sur les foyers déchirés par l’alcool et la consanguinité, la violence conjugale
il neige des hosties pleines d’amour
il neige des seringues, des prostituées compréhensives et honnêtes sur les tarifs
il neige des rois salomon
le seigneur est avec vous et avec votre esprit qui neige avec la cocaïne de l’amour universel
ô mon dieu vous qui portez les principes du monde et de la vérité
qui commandez les actions et les gestes de mon corps
je vous aime et veux être oint de la miséricorde sans fin qui coule de votre barbe pluriséculaire
je veux l’hydromel, le festin éternel et les vierges par centaines
à votre droite, à votre gauche, au fond de l’océan
quand suspendu au bout de la ligne de vie je me noie dans le bleu
vous en frissonnerez ô mon dieu mais je vous tiendrai la main
géorgiques de guillaume condello 3
dans l’espace intérieur
infiniment
toujours
tiré au cordeau
un peuple
de poules
de porcs
etc.
dans l’espace intérieur
l’attente
et les néons qui
tremblent
identiques
les rayonnages qui
remplissent
l’attente
des conditions et
les couches de silence
dans l’espace intérieur
on marche on
trace des
pas
toujours identiques
tu marches
ton œil
usé partout
ce qu’il a vu
restes sur le sol
dans l’espace intérieur
une conscience
vacille
sous les soleils de néon
omniscients
dans l’espace intérieur
par la fenêtre aussi
les parkings sont visibles
éclairés toujours
infiniment
un peuple
dans l’attente
l’offensive d’alin anseeuw 3
J’ai beau tendre l’oreille vers le fond
C’est une femme dans les arbres sa voix
Marquerait un silence et voir son corps
Grandir vivre c’est une grande illusion
Son ombre jusqu’au bitume du ciel tombe
Chez celui qui a entrepris de consigner
Ces brèves et dont la pensée enregistre
Les bruits jaillissant vivants du temps
Présent on est dans la chambre du monde
(à entendre de quoi faire tout un roman
De phrases qui tombent dans le silence)
Et il nous faut le faire comprendre ici
Touchant le temps dans un monde inconnu
Retrouvant la guerre jusqu’à la toucher
sonnet justifié de 14 vers de 39 signes
géorgiques de guillaume condello 2
et faire corps avec le mouvement
les milliards de cellules
sous la terre
les ancêtres ?
sous la terre le soc
résonne mais
sur la terre rampe
le présent
et le sang
irrigue
pour récolter
son […] quotidien
sur la terre féconde
d’elle-même
âge d’or
chimère ceux qui travaillent
tu parles
de ceux qui ne travaillent pas
ils sont
notre oeuvre
à la sueur de ton front
le corps
de la machine
peine
perdure
et faire corps avec le mouvement
nécessité humaine universelle et
éternelle
la production des conditions
l’existence
sur la terre
effleurée par
un geste de fumée
on travaille
sur la terre avance
l’insecte
et faire corps avec le mouvement
sur la terre
le paysan
à la force des bras
mécaniques s’entend
voyant le monde
a changé de face
et faire corps avec le mouvement
nécessité humaine universelle et
les ancêtres
les mains de bois
un visage sort de terre
et le paysage n’est plus le même
n’est plus
et faire corps avec le mouvement
sur la terre
la beauté des usines
des routes vers
la beauté
au matin le paysan ne regarde
pas
sur la terre
retournée où
ce grand corps
de métal
gémit
et le paysan suit
les sachets de plastique
et ses gants immaculés
élastiques
sur la terre on marche au pas
de l’insecte
emprunté
touchant le sol comme à regret
pour racler
et faire corps avec le mouvement



