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revue de presse

A lire un article consacré à hon, l’être de ch’vavar & petchanatz dans livre & lire le mensuel du livre en rhône-alpes (p. 9).
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Un article de Claude Minière consacré à Jamais ne dors de Pascal Boulanger dans la revue Europe n°962/963 de juin/juillet 2009
Il y a bien une recherche en poésie. Recherche sans quoi l’écriture poétique serait confinée et se condamnerait elle-même à la répétition complaisante ou ne fournirait que de simples « supports » pour satisfaire à la demande sociale d’animations culturelles, de prestations plus ou moins spectaculaires. La recherche est celle de la disposition le mieux propice à entraîner et porter le langage (le corps et l’esprit, la pensée et la lettre) au-delà de soi-même et au-delà des calculs. Quand on connaît les risques que les « facilités » et l’autosatisfaction laissent planer sur la poésie, cette recherche du lieu et de la formule est une forme de réappropriation. Réappropriation de la tradition poétique, de son histoire, de ses ressources — et de soi-même : de ses possibilités et de son élan.
Ainsi Pascal Boulanger, après avoir publié six ouvrages, se lance dans un long poème où la pression interne, comme « sourde » à toute considération méticuleuse, pousse la ligne à se reprendre en se débordant :
Il ferme les yeux et prononce un vœu
Il se dénude de la négation, ne cherchant ni ne voulant
rien
Sauf…
Qu’un poète veuille bien répondre à, répondre de la poésie et c’est tout un pan de la tradition qui ressurgit : les poèmes d’amour de l’antique Egypte, le Cantique, la déclinaison des vertus et retraits de l’amour et de l’amitié telle que la jouèrent les troubadours provençaux… Toute une richesse qui se présente et se risque dans notre temps. Et un individu avec elle, avec lui.
Il faut reprendre d’un peu loin. Quand j’aborde la lecture d’un poème, mon attente est toujours la même : comment son auteur prend-il la poésie, quelle « idée » se fait-il d’elle, de son art ? Comment s’y prend-il avec elle, avec lui. A la lecture de Jamais ne dors il faut reprendre d’un peu loin pour apprécier comment ce petit livre pénètre dans le contexte d’aujourd’hui, s’avance dans le « paysage » contemporain tel que l’occupent la poésie, le roman, la culture. Ce qui se présente aujourd’hui sous la rubrique « poésie » bien souvent mime d’autres prestations culturelles : les arts plastiques (le bricolage), la video (l’enregistrement passif), la bande dessinée (une suite de cases), le commentaire (l’opinion), etc. Universel reportage et bavardage. S’il n’est pas à coup sûr « la forme définitive », le roman naturaliste cependant occupe le plus largement la librairie. Finnegans Wake avait progressé dans sa crise (le Finnegans jamais ne dort tandis que les turpitudes s’accroupissent aux étalages), mais le roman… s’adapte. Il s’adapte non seulement au cinéma mais il s’adapte encore aux « turpitudes ». Il est adaptation avant d’être œuvre. La culture — la tradition citée, décelée, convoquée — est brouillée. Si dans les « activités culturelles » les poètes sont le plus souvent commis à des fonctions d’animation, ne s’offrent plus que deux options : être présent à la périphérie — ou absent au centre. Dans ces circonstances, comment un véritable poète ne chercherait-il point une façon (sa façon) de préserver l’originalité de son art et d’en utiliser encore la spécificité ? La négativité de Pascal Boulanger ne travaille que là. Il garde une ligne littéraire, je dirai « pousse une ligne », outrepasse les calculs, affirme une force du poème, avance une œuvre exploratoire.
L’ « objet » de Jamais ne dors est l’amour mais le déploiement des qualités de cet objet s’entretient d’un éveil relancé sur son inépuisable — et jusqu’à la disparition (qu’on me permette ici l’oxymore de « disparition insistante ») de l’objet. Non par un retour de la vieille « poésie personnelle » mais par un jeu sur toute l’amplitude du clavier : il affirme l’existence de l’amour, sa définition, dans le même temps où il « l’effeuille », feuille après feuille, sous la pression latérale de l’écriture. Sous cette pression, la scansion est proche de la litanie (« lis ta nie » disait Marcelin Pleynet) mais d’une litanie qui étire la ligne, et l’étire jusqu’au bord de la rupture, voire jusqu’à son rejet :
J’étais dressé sur l’abîme, ne craignant plus rien, dans
l’amour qui ne se donne qu’en se retirant, qui ne se dégage
que pour mieux entraîner la beauté à sa suite
Car le poème ne remplit pas un office mais le déroule, sans se retourner, sans souvenirs sous l’affection de « remords », sans auto-observation : pure parole.
Mais la raison, dont chacun se défie, s’arrache aux passions
tristes.
On peut penser parfois qu’il y a dans le poème une forme de lutte interne entre une orientation catholique et une passion (poétique) qui continue d’être nourrie par les sensations « matérialistes » ou panthéistes, comme dans un jeu de l’absente et présente
Mais la prière engloutit tous les passés du monde
Il est toujours possible de disparaître, sans la moindre
menace, dans le sommeil
La charité est cette clé
Nulle contorsion formaliste alors, la poésie opère à la fois comme sacrifice (refusant la rétention) et comme recueil (Et m’enroule dans la chaleur en dessinant les contours de l’instant). Dans ce dessin, l’Amour toujours marque un nouveau départ, une conversion. Un court poème ne suffirait pas à trouver le rythme de cette conversion : il y faut l’abondance des « versets » qui se chevauchent, s’enroulent, se persuadent l’un l’autre, se doublent et s’ourlent à partir d’un J qui amène d’or. La forme appropriée vous vient quand vous avez l’amour.
On peut estimer que c’est l’amour qui bouscule la poésie et non la poésie qui bouscule l’amour, sauf à penser que l’amour est déjà poétique : qu’il produit une chute des formules obsolètes et appelle de nouvelles expressions (nouvelles dans la situation). Car l’amour n’a pas besoin de cause, il est une orientation. Et le corps est à l’intérieur de l’âme.