<?xml version="1.0" encoding="UTF-8"?>
<rss version="2.0"
	xmlns:content="http://purl.org/rss/1.0/modules/content/"
	xmlns:wfw="http://wellformedweb.org/CommentAPI/"
	xmlns:dc="http://purl.org/dc/elements/1.1/"
	xmlns:atom="http://www.w3.org/2005/Atom"
	xmlns:sy="http://purl.org/rss/1.0/modules/syndication/"
	xmlns:slash="http://purl.org/rss/1.0/modules/slash/"
	>

<channel>
	<title>ré pon nou</title>
	<atom:link href="http://www.lecorridorbleu.fr/Blog/feed/" rel="self" type="application/rss+xml" />
	<link>http://www.lecorridorbleu.fr/Blog</link>
	<description>le blog des éditions le corridor bleu</description>
	<lastBuildDate>Sat, 14 Aug 2010 15:56:28 +0000</lastBuildDate>
	<language>en</language>
	<sy:updatePeriod>hourly</sy:updatePeriod>
	<sy:updateFrequency>1</sy:updateFrequency>
	<generator>http://wordpress.org/?v=3.0</generator>
		<item>
		<title>géorgiques de guillaume condello 12</title>
		<link>http://www.lecorridorbleu.fr/Blog/2010/08/14/georgiques-de-guillaume-condello-12/</link>
		<comments>http://www.lecorridorbleu.fr/Blog/2010/08/14/georgiques-de-guillaume-condello-12/#comments</comments>
		<pubDate>Sat, 14 Aug 2010 15:56:28 +0000</pubDate>
		<dc:creator>cmb</dc:creator>
				<category><![CDATA[création]]></category>

		<guid isPermaLink="false">http://www.lecorridorbleu.fr/Blog/?p=1107</guid>
		<description><![CDATA[et ce n’est pas ces astres brillants en vain en quatre temps égaux nous partagent les ans je chante les moissons je dirais cela n’est plus pareil les êtres animés changent sans doute le printemps vit naître l’univers sans doute et les machines bourdonnent une musique l’été            continue dans la maison climatisée les cigales se [...]]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<p><a href="http://www.lecorridorbleu.fr/Blog/wp-content/uploads/N°12_2.jpg"><img class="aligncenter size-medium wp-image-1108" title="N°12_2" src="http://www.lecorridorbleu.fr/Blog/wp-content/uploads/N°12_2-300x225.jpg" alt="" width="300" height="225" /></a></p>
<p>et ce n’est pas</p>
<p>ces astres brillants</p>
<p>en vain en</p>
<p>quatre temps</p>
<p>égaux nous partagent</p>
<p>les ans</p>
<p>je chante</p>
<p>les moissons je dirais</p>
<p>cela</p>
<p>n’est plus pareil</p>
<p>les êtres animés</p>
<p>changent</p>
<p>sans doute</p>
<p>le printemps vit</p>
<p>naître</p>
<p>l’univers sans doute</p>
<p>et les machines</p>
<p>bourdonnent</p>
<p>une musique</p>
<p>l’été            continue</p>
<p>dans la maison</p>
<p>climatisée</p>
<p>les cigales</p>
<p>se taisent déjà elles</p>
<p>savent</p>
<p>l’automne</p>
<p>sans violons et</p>
<p>le chant des</p>
<p>vendanges</p>
<p>et</p>
<p>le sang des machines</p>
<p>sans arrêt</p>
<p>le froid</p>
<p>dans la maison</p>
<p>chauffée</p>
<p>tu ne crains pas</p>
<p>l’hiver</p>
<p>tu marches sans doute</p>
<p>nu comme</p>
<p>les animaux            chez toi</p>
<p>la nature n’a pas encore</p>
<p>profané l’art</p>
<p>we can plant</p>
<p>a house we can</p>
<p>build a tree</p>
<p>ainsi</p>
<p>de tes travaux et</p>
<p>de tes peines</p>
<p>le cercle</p>
<p>tu entends</p>
<p>une musique des</p>
<p>machines des</p>
<p>sphères</p>
<p>quand tu écoutes</p>
<p>le silence</p>
<p>c’est ça que</p>
<p>je chante            sans doute</p>
<p>en vain</p>
]]></content:encoded>
			<wfw:commentRss>http://www.lecorridorbleu.fr/Blog/2010/08/14/georgiques-de-guillaume-condello-12/feed/</wfw:commentRss>
		<slash:comments>0</slash:comments>
		</item>
		<item>
		<title>elem klimov</title>
		<link>http://www.lecorridorbleu.fr/Blog/2010/08/03/elem-klimov/</link>
		<comments>http://www.lecorridorbleu.fr/Blog/2010/08/03/elem-klimov/#comments</comments>
		<pubDate>Tue, 03 Aug 2010 14:31:36 +0000</pubDate>
		<dc:creator>cmb</dc:creator>
				<category><![CDATA[cinéma]]></category>

		<guid isPermaLink="false">http://www.lecorridorbleu.fr/Blog/?p=1084</guid>
		<description><![CDATA[Les films d’Elem Klimov  (1933-2003) constituent une énorme claque esthétique, politique, métaphysique et avant tout existentielle. Rarement le cinéma n’aura su élever l’image en mouvement au rang de propagande magique. Car c’est ce que fait d’abord Klimov : filmer l’histoire pour un régime dont il est l&#8217;ardent défenseur. Raspoutine l’agonie (1981) peint la lente chute des [...]]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<p><a href="http://www.lecorridorbleu.fr/Blog/wp-content/uploads/23kp7hz-1.jpg"><img class="aligncenter size-medium wp-image-1085" title="23kp7hz-1" src="http://www.lecorridorbleu.fr/Blog/wp-content/uploads/23kp7hz-1-210x300.jpg" alt="" width="210" height="300" /></a></p>
<p>Les films d’Elem Klimov  (1933-2003) constituent une énorme claque esthétique, politique, métaphysique et avant tout existentielle. Rarement le cinéma n’aura su élever l’image en mouvement au rang de propagande magique. Car c’est ce que fait d’abord Klimov : filmer l’histoire pour un régime dont il est l&#8217;ardent défenseur. <em>Raspoutine l’agonie</em> (1981) peint la lente chute des Romanov dans une Russie en proie aux soulèvements révolutionnaires et le plus connu <em>Requiem pour un massacre</em> sous-titré bibliquement <em>Come and see</em> (1985) met en scène les massacres perpétrés par les SS en Biélorussie.</p>
<p><a href="http://www.lecorridorbleu.fr/Blog/wp-content/uploads/come-and-see.preview.jpg"><img class="aligncenter size-medium wp-image-1086" title="come and see.preview" src="http://www.lecorridorbleu.fr/Blog/wp-content/uploads/come-and-see.preview-300x225.jpg" alt="" width="300" height="225" /></a></p>
<p>La technique la plus surprenante de Klimov dans son <em>Raspoutine</em> est l’utilisation d’images d’archives en noir en blanc, quand le reste du film est en couleurs, mélangées avec de fausses images d’archives qu’il a lui-même tournées. Le procédé est saisissant, propagande politique et mensonge esthétique s’alliant pour forger une paradoxale impression de réalité.</p>
<p>L’autre souci de Klimov, c’est la bande-son qui fait l’action quand le plan est vide ou qui le parasite quand il est plein: partout, tout le temps, des sons stridents et dissonants, de longues montées sonores qui accompagnent la folie ou la détresse des personnages et qui plongent le spectateur dans un trip halluciné.</p>
<p>On se dit que la réalisation devait être aussi pour les acteurs une expérience éprouvante et Klimov, comme Herzog, leur demandait en effet beaucoup. Sur <em>Requiem pour un massacre</em>, il utilisa des balles réelles lors des scènes de bataille, manqua de noyer ses deux jeunes acteurs lors de l’incroyable scène de traversée d’un bourbier et<em> </em>fit hypnotiser le jeune partisan pour effacer toute trace de traumatisme après un tournage de neuf mois</p>
<p><a href="http://www.lecorridorbleu.fr/Blog/wp-content/uploads/img1674.jpg"><img class="aligncenter size-medium wp-image-1087" title="img1674" src="http://www.lecorridorbleu.fr/Blog/wp-content/uploads/img1674-300x227.jpg" alt="" width="300" height="227" /></a></p>
<p>Klimov n’a pas son pareil pour donner à voir l’hystérie des peuples et des puissants, ainsi que le désespoir des humbles. Ainsi erre Nicolas II dans les couloirs secrets de son palais, impuissant et désemparé, remettant les destinées de la sainte Russie entre les mains d’un moine débauché qui croit autant en sa folie qu’il en jouit.</p>
]]></content:encoded>
			<wfw:commentRss>http://www.lecorridorbleu.fr/Blog/2010/08/03/elem-klimov/feed/</wfw:commentRss>
		<slash:comments>0</slash:comments>
		</item>
		<item>
		<title>24 heures du mans</title>
		<link>http://www.lecorridorbleu.fr/Blog/2010/07/28/24-heures-du-mans/</link>
		<comments>http://www.lecorridorbleu.fr/Blog/2010/07/28/24-heures-du-mans/#comments</comments>
		<pubDate>Wed, 28 Jul 2010 10:50:19 +0000</pubDate>
		<dc:creator>cmb</dc:creator>
				<category><![CDATA[événements]]></category>

		<guid isPermaLink="false">http://www.lecorridorbleu.fr/Blog/?p=1091</guid>
		<description><![CDATA[Ré pon nou n&#8217;a jamais caché son amour de l&#8217;automobile et vous invite à suivre la très étonnante initiative du site caradisiac avec radio valentina. Une expérience sensorielle !]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<p><a href="http://www.lecorridorbleu.fr/Blog/wp-content/uploads/Caterham-JPE-3.jpg"><img class="aligncenter size-medium wp-image-1092" title="Caterham JPE (3)" src="http://www.lecorridorbleu.fr/Blog/wp-content/uploads/Caterham-JPE-3-300x225.jpg" alt="" width="300" height="225" /></a></p>
<p>Ré pon nou n&#8217;a jamais caché son amour de l&#8217;automobile et vous invite à suivre la très étonnante initiative du site caradisiac avec <a href="http://www.caradisiac.com/Radio-Valentina-est-nee-Elle-signe-son-premier-film-sur-les-24-Heures-du-Mans-59292.htm">radio valentina</a>. Une expérience sensorielle !</p>
]]></content:encoded>
			<wfw:commentRss>http://www.lecorridorbleu.fr/Blog/2010/07/28/24-heures-du-mans/feed/</wfw:commentRss>
		<slash:comments>0</slash:comments>
		</item>
		<item>
		<title>géorgiques de guillaume condello 11</title>
		<link>http://www.lecorridorbleu.fr/Blog/2010/07/27/georgiques-de-guillaume-condello-11/</link>
		<comments>http://www.lecorridorbleu.fr/Blog/2010/07/27/georgiques-de-guillaume-condello-11/#comments</comments>
		<pubDate>Tue, 27 Jul 2010 11:08:27 +0000</pubDate>
		<dc:creator>cmb</dc:creator>
				<category><![CDATA[création]]></category>

		<guid isPermaLink="false">http://www.lecorridorbleu.fr/Blog/?p=1078</guid>
		<description><![CDATA[et je l’ai vu errer huit heures par             jour après jour             tissant un destin et je l’ai vu tisser une machine une tapisserie pour ses appartements identiques et les Parques désœuvrées les fils qu’elles laissent à l’école huit heures par jour désœuvrées et les Parques disent qu’un homme ait un fils un seul [...]]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<p><a href="http://www.lecorridorbleu.fr/Blog/wp-content/uploads/N°11_2.jpg"><img class="aligncenter size-medium wp-image-1079" title="N°11_2" src="http://www.lecorridorbleu.fr/Blog/wp-content/uploads/N°11_2-300x225.jpg" alt="" width="300" height="225" /></a></p>
<p>et je l’ai vu errer</p>
<p>huit heures par             jour</p>
<p>après jour             tissant</p>
<p>un destin</p>
<p>et je l’ai vu tisser</p>
<p>une machine</p>
<p>une tapisserie</p>
<p>pour ses appartements</p>
<p>identiques</p>
<p>et les Parques</p>
<p>désœuvrées</p>
<p>les fils qu’elles laissent</p>
<p>à l’école</p>
<p>huit heures par jour</p>
<p>désœuvrées</p>
<p>et les Parques disent</p>
<p>qu’un homme ait un fils</p>
<p>un seul</p>
<p>et la maison des ancêtres</p>
<p>et le bien s’amasse dans les salles</p>
<p>au bord de la table</p>
<p>je l’ai vu</p>
<p>assis</p>
<p>sur un banc</p>
<p>la bouche pleine</p>
<p>et le fils sait</p>
<p>où est son père</p>
<p>et le fils qui</p>
<p>refuse la ressemblance</p>
<p>l’œil perdu dans</p>
<p>les tapisseries dessinent</p>
<p>un paysage perdu</p>
<p>et lui</p>
<p>regarde le</p>
<p>destin de son fils</p>
<p>sans lui</p>
<p>s’écrit</p>
<p>inaudible</p>
]]></content:encoded>
			<wfw:commentRss>http://www.lecorridorbleu.fr/Blog/2010/07/27/georgiques-de-guillaume-condello-11/feed/</wfw:commentRss>
		<slash:comments>0</slash:comments>
		</item>
		<item>
		<title>des mois avec des poussins de fleuri delawaere 3</title>
		<link>http://www.lecorridorbleu.fr/Blog/2010/07/15/des-mois-avec-des-poussins-de-fleuri-delawaere-3/</link>
		<comments>http://www.lecorridorbleu.fr/Blog/2010/07/15/des-mois-avec-des-poussins-de-fleuri-delawaere-3/#comments</comments>
		<pubDate>Thu, 15 Jul 2010 04:53:21 +0000</pubDate>
		<dc:creator>cmb</dc:creator>
				<category><![CDATA[création]]></category>

		<guid isPermaLink="false">http://www.lecorridorbleu.fr/Blog/?p=1072</guid>
		<description><![CDATA[(J’ignorais comment était arrivé un chronomètre dans la table de nuit du père de Gégé. Endurance à limer je pensais ; vitesse à se dépoiler rétorquait le fils ; durée des cris maternels, selon Pat Govin, et encore : concours de longs pets (Guitou). Autour du cul, c’est que nous, dans nos fourrés fortifiés on s’astiquait au rythme [...]]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<p><a href="http://www.lecorridorbleu.fr/Blog/wp-content/uploads/poussins-003.jpg"><img class="aligncenter size-medium wp-image-1074" title="poussins 003" src="http://www.lecorridorbleu.fr/Blog/wp-content/uploads/poussins-003-255x300.jpg" alt="" width="255" height="300" /></a></p>
<p>(J’ignorais comment était arrivé un chronomètre</p>
<p>dans la table de nuit du père</p>
<p>de Gégé. Endurance à limer je pensais ;</p>
<p>vitesse à se dépoiler rétorquait le fils ;</p>
<p>durée des cris maternels, selon Pat Govin,</p>
<p>et encore : concours de longs pets (Guitou).</p>
<p>Autour du cul, c’est que nous,</p>
<p>dans nos fourrés fortifiés on s’astiquait</p>
<p>au rythme de Mère Trotteuse, lorsqu’on</p>
<p>manquait de matière duveteuse ; le léger duvet</p>
<p>de nos couilles suffisait à nous calmer !)</p>
<p>Plus tard – je ne sais plus bien</p>
<p>à quel âge – les poussins ont grandi,</p>
<p>dans ma tête, progression dangereuse. Devenus horribles,</p>
<p>devenus monstres effrayants, dans des rêves tourmentés,</p>
<p>et j’ai voulu m’en défendre.</p>
<p>Je ne sais pas comment l’idée</p>
<p>m’est venue – peut-être juste les drôles</p>
<p>d’idées qu’on rencontre bien souvent</p>
<p>dans la famille – l’idée de protection.</p>
<p>J’ai pensé que pour me prémunir</p>
<p>des affreux poussins, rien de plus efficace</p>
<p>n’existait que le savon de Marseille.</p>
<p>C’était le savon d’abord, Marseille</p>
<p>est venue ensuite. Le savon est gras</p>
<p>et dur, les poussins n’y résisteront</p>
<p>pas, voilà ce à quoi je pensais</p>
<p>– c’est que les poussins sont mous,</p>
<p>peu lardés, et le savon de Marseille</p>
<p>se présente en forme de cube, c’est tout,</p>
<p>tout à fait différent d’un poussin.</p>
<p>Donc je me suis dégoté une grosse</p>
<p>quantité de savon, en bon gros cubes,</p>
<p>avec lesquels j’ai couvert le sol</p>
<p>de ma chambre. Le cube est pratique</p>
<p>aussi pour cela. En le laissant tremper</p>
<p>dans l’eau sur sa base plane,</p>
<p>le cube de savon mollit, il sèche</p>
<p>ensuite, et se soude au sol et,</p>
<p>les côtés des cubes se touchant, ils</p>
<p>forment ensemble une belle chape – les fentes</p>
<p>entre eux permettent de laisser l’eau</p>
<p>chaude s’écouler ; ils se joignent parfaitement.</p>
<p>Donc une belle couverture au sol cimenté,</p>
<p>bien collée. Et quelques temps plus tard,</p>
<p>comme les monstrueux poussins – certes moins virulents –</p>
<p>m’affectaient toujours de leur présence : idée !</p>
<p>Les murs de ma chambre furent doublés</p>
<p>en cubes de savon de Marseille. Évidence :</p>
<p>la taille de ma chambre fut réduite,</p>
<p>avec la grosseur des blocs. La manière</p>
<p>fut la même pour les fixer – trempage</p>
<p>de la base, amollissement, soudure entre eux.</p>
<p>Me foutais du plafond à l’époque.</p>
<p>Fonctionnait pas mon truc, ça enfermait poussins</p>
<p>et visions de poussins. Ils continuèrent piaillant</p>
<p>à tourner autour de ma tête et,</p>
<p>malgré mes sauts et mes brusques fuites,</p>
<p>les tourbillons de touffes jaunes trouvaient toujours</p>
<p>ma tête, que j’avais sûrement tranchée</p>
<p>comme une poule ensanglantée, se déplaçant encore.</p>
<p>Toujours dans les pattes de ma tête</p>
<p>ces cochons tourbillonnants en manque de génitrice !</p>
<p>Voilà comment on devient un poussin sauvage,</p>
<p>moins comme les Garçons de Burroughs que</p>
<p>comme sur le papier glacé des revues</p>
<p>– maquillage (rouges à lèvres, crèmes beauté), vêtements –</p>
<p>voilà comment on trouve une nouvelle peau.</p>
<p>À cette époque je me suis défendu</p>
<p>– devenir poussin quand la poule est femme,</p>
<p>ou plutôt quand une femme s’établit</p>
<p>en poule, maman, ça complique les choses.</p>
<p>Puis on y consent, on acquiesce et</p>
<p>on voit que c’est déjà arrivé,</p>
<p>plus rien à faire et à foutre.</p>
<p>Et après la période Savon de Marseille</p>
<p>j’ai accepté de devenir poussin, et</p>
<p>me suis aperçu de ce qui empêchait</p>
<p>la transformation de s’opérer : la peur.</p>
<p>C’était cette frayeur de la peur</p>
<p>qui faisait obstacle, et non le poussin</p>
<p>que je devenais – sans compter que Fleuri</p>
<p>refusait devenir le « poussin à sa mémère »</p>
<p>– pas envie du tout, du tout homogène</p>
<p>et lunaire, du bloc qu’elle voulait</p>
<p>former serrée avec moi. Et un renversement</p>
<p>eut lieu et bascula tout à coup</p>
<p>le milieu où on vivait. Popa, déjà,</p>
<p>de moins en moins présent, était stagiaire</p>
<p>– de longs stages à Mayenne – pour apprendre,</p>
<p>passer la vitesse supérieure. Son savoir faire</p>
<p>des poussins se transforma en savoir élever</p>
<p>des poulets. Avec maman, pour une fois,</p>
<p>on pensait bien de la même manière :</p>
<p>pour elle, Popa « était pas de taille »,</p>
<p>pour moi, il suffisait de laisser grandir</p>
<p>les poussins et qu’ils deviennent poulets.</p>
<p>Maman dut se faire une raison : Popa</p>
<p>devint le pape du poulet. Il continua</p>
<p>toutefois à surnommer la mère « ma poule »,</p>
<p>et maman commença vite avec « mon poulet ».</p>
<p>Je devins donc son poulet, le sien,</p>
<p>et pas le mien ; car « son » Fleuri</p>
<p>était sorti de la période Savon, consentant</p>
<p>à devenir poussin, le poussin de personne,</p>
<p>poussin de magazines de modes, petit poussin</p>
<p>de vernis à ongles, poussin de cheville</p>
<p>perché au sommet d’un soulier bridé</p>
<p>à hauts talons. Et donc ma peau</p>
<p>nouvelle tranchait avec le poulet que voyait</p>
<p>maman, et surtout elle voulait que Fleuri</p>
<p>reste son poussin. Et qu’il devienne</p>
<p>juste un poussin, autre que le sien,</p>
<p>la fit traverser des angoisses – ou que</p>
<p>des angoisses la traversèrent – et elle prit</p>
<p>sa progéniture pour un fou, un dérangé,</p>
<p>un poussin avec une casquette de traviole,</p>
<p>qui refusait de grandir, de devenir poulet</p>
<p>– c’est étonnant, et de mon côté,</p>
<p>je pensais : c’est son propre désir</p>
<p>que je reste son tout petit poussin</p>
<p>même si pour se dédouaner la salope</p>
<p>me fait passer pour son grand poulet</p>
<p>auprès de la famille – l’infect soutien.</p>
<p>Et son cas s’aggrava, de manière imperceptible ;</p>
<p>aucune angoisse ne la traversa davantage, et</p>
<p>ses crises ne s’intensifièrent pas, non.</p>
<p>La brèche existante s’élargissait puisque maman</p>
<p>demeurait agrippée à l’idée fixe qui</p>
<p>désirait fixer un poussin comme le sien,</p>
<p>alors que moi, je grandissais, assez commun,</p>
<p>et devenais un poussin parmi d’autres,</p>
<p>et juste un poussin : un poussin ordinaire.</p>
<p>Et c’est cette fissure qui courait,</p>
<p>qui élargissait le décalage entre sa fixation</p>
<p>et le fait simple que je grandissais.</p>
<p>Popa, à nouveau, faisait un stage nocturne :</p>
<p>élever des cailles, des bécasses. La nuit</p>
<p>il partait et dormait le jour suivant.</p>
<p>Au terme du stage, il se fit</p>
<p>appeler Monsieur Youki, et ce fut terminé :</p>
<p>il cessa de surnommer maman « ma poule »,</p>
<p>et se sépara irrémédiablement de cette femme-là.</p>
<p>Voilà comment Popa disparut de la circulation.</p>
<p>D’ailleurs, rien n’avait jamais circulé,</p>
<p>sinon la volaille – et encore ; toute jeune.</p>
]]></content:encoded>
			<wfw:commentRss>http://www.lecorridorbleu.fr/Blog/2010/07/15/des-mois-avec-des-poussins-de-fleuri-delawaere-3/feed/</wfw:commentRss>
		<slash:comments>0</slash:comments>
		</item>
		<item>
		<title>&#171;&#160;la vitesse est la liberté de l&#8217;âme&#160;&#187;</title>
		<link>http://www.lecorridorbleu.fr/Blog/2010/07/10/la-vitesse-est-la-liberte-de-lame/</link>
		<comments>http://www.lecorridorbleu.fr/Blog/2010/07/10/la-vitesse-est-la-liberte-de-lame/#comments</comments>
		<pubDate>Sat, 10 Jul 2010 10:15:19 +0000</pubDate>
		<dc:creator>cmb</dc:creator>
				<category><![CDATA[cinéma]]></category>

		<guid isPermaLink="false">http://www.lecorridorbleu.fr/Blog/?p=1052</guid>
		<description><![CDATA[C’est ce que dit l’animateur de radio noir et aveugle Super Soul à Kowalski qui a parié qu’il pourrait rallier Denver à San Francisco en 15 heures au volant d’une Dodge Challenger R/T. Pari insensé au montant dérisoire qui vaudra à l’ancien officier de police reconverti en pilote de stock-car d’avoir à ses trousses toutes [...]]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<p><a href="http://www.lecorridorbleu.fr/Blog/wp-content/uploads/images2.jpg"></a><a href="http://www.lecorridorbleu.fr/Blog/wp-content/uploads/dodge-challenger-rt-vanishing-point.jpg"><img class="aligncenter size-medium wp-image-1055" title="dodge-challenger-rt-vanishing-point" src="http://www.lecorridorbleu.fr/Blog/wp-content/uploads/dodge-challenger-rt-vanishing-point-300x153.jpg" alt="" width="300" height="153" /></a></p>
<p>C’est ce que dit l’animateur de radio noir et aveugle Super Soul à Kowalski qui a parié qu’il pourrait rallier Denver à San Francisco en 15 heures au volant d’une Dodge Challenger R/T. Pari insensé au montant dérisoire qui vaudra à l’ancien officier de police reconverti en pilote de stock-car d’avoir à ses trousses toutes les forces de l’ordre de trois états successifs. <em>Vanishing point</em> (Richard C. Sarafian, 1971) est un long flash-back d’une heure trente. L’action principale du film dure en réalité deux minutes pendant lesquelles Kowalski décide de se suicider.</p>
<p>L’essentiel est d’aller vite le long d’un immense ruban d’asphalte rectiligne qui s’enfonce dans le désert du Nevada, prendre du speed en écoutant le programme FM de Super Soul et de ne pas s’attacher aux êtres que l’on rencontre en cours de route. Mais la contre-culture que Kowalski a rejointe après avoir quitté les rangs de l’armée et de la police est déjà sur le déclin. Les hippies ont leurs gourous véreux, ne s’éloignent jamais trop des taudis qui leur servent de maisons pour dealer ce qui leur permettra de survivre. Le suicide final devant les Américains venus assister au spectacle sonne comme le glas des illusions beatnick. La glisse, la défonce, l’oubli, la musique sont annihilés par la vitesse qui emporte tout. Désespéré, sombre et solaire à la fois, <em>Vanishing point</em>, qui inspirera littéralement <em>Mad Max</em> (George Miller, 1979) ou encore <em>Boulevard de la mort </em>(Quentin Tarantino, 2007), montre deux mondes parallèles en panne étouffant un homme qui tentait d’inventer, en vain, son propre chemin. Mais l’on ne quitte pas impunément les sentiers battus.</p>
<p><a href="http://www.lecorridorbleu.fr/Blog/wp-content/uploads/Electra-Glide-in-Blue-7.jpg"></a><a href="http://www.lecorridorbleu.fr/Blog/wp-content/uploads/electra_glide_in_blue_1973.jpg"><img class="aligncenter size-medium wp-image-1064" title="electra_glide_in_blue_1973" src="http://www.lecorridorbleu.fr/Blog/wp-content/uploads/electra_glide_in_blue_1973-194x300.jpg" alt="" width="194" height="300" /></a></p>
<p>C’est un peu le parcours inverse que fera John Wintergreen, policier dans une brigade de motards, dans le moins connu <em>Electra glide in blue</em> (James William Guercio, 1973) du nom de la moto Harley Davidson qui équipe les policiers américains. Lui qui se morfond en verbalisant les chauffards, saisit sa chance quand Harvey, chef de la brigade criminelle, lui propose d’enquêter sur la mort suspecte d’un vieil homme dans sa cabane. Il troque alors son uniforme noir, filmé avec un souci fétichiste, contre la veste beige, le stetson et le cigare. Wintergreen comprend au fil de ses recherches qu’il sait depuis le début qui est le coupable et surtout que c’est lui qu’il recherchait. Car <em>Electra glide in blue,</em> davantage que <em>Vanishing point</em> qui préfère éluder la question par un suicide, tente d’apporter des réponses au spleen existentiel de son héros qui ne sait plus pourquoi il roule. Mais Wintergreen comprendra pour qui il roule, abandonnera alors ses ambitions d’inspecteur et poursuivra son errance absurde qui se conclura de manière tout aussi absurde. La vitesse seule peut nous sauver du nihilisme hippie et du fascisme des forces de l’ordre. Il n’y a pas d’autre alternative que l’errance vécue comme une véritable vocation, sans se soucier de la veuve ou de l’orphelin, en profitant de l’instant qu’il se présente sous la forme d’une femme (Charlotte Rampling en autostoppeuse dans <em>Vanishing point</em>), de drogue ou d’une course poursuite (superbe duel avec la jaguar qui finit sur le toit, toujours dans <em>Vanishing point</em>).</p>
<p><a href="http://www.lecorridorbleu.fr/Blog/wp-content/uploads/maca0.jpg"><img class="aligncenter size-medium wp-image-1059" title="maca0" src="http://www.lecorridorbleu.fr/Blog/wp-content/uploads/maca0-198x300.jpg" alt="" width="198" height="300" /></a></p>
<p>Ces deux films, qui n’auraient pu exister sans <em>Easy rider</em> (Dennis Hopper, 1969), qu’ils dépassent cependant par leur noirceur et leur beauté, que l’on pourrait rapprocher également de <em>Macadam à deux voies</em> (Monte Hellman, 1971) sonnent le crépuscule du far west américain, terre vierge qui révélait les vertus des hommes au cœur de relations tragiques.</p>
<p>Les hommes ne sont plus reliés à quoi que ce soit et pas sûr que la route verticale qui monte vers l’horizon ne représente un espoir christique, mais plutôt une crucifixion, celles des illusions et des devoirs.</p>
<p><a href="http://www.lecorridorbleu.fr/Blog/wp-content/uploads/images-11.jpg"></a><a href="http://www.lecorridorbleu.fr/Blog/wp-content/uploads/crash-talking.jpg"><img class="aligncenter size-medium wp-image-1063" title="crash-talking" src="http://www.lecorridorbleu.fr/Blog/wp-content/uploads/crash-talking-219x300.jpg" alt="" width="219" height="300" /></a></p>
<p><em>Crash</em> (David Cronenberg, 1996) constitue l’épuisement, malsain, glacé, morbide, de la veine hallucinée de ces <em>road movies</em> existentiels. Les personnages, tels des zombies, roulent à toute allure dans une mégalopole grise en imitant les accidents mythiques d’Hollywood, celui de James Dean en tête bien sûr, comme si cela pouvait leur procurer une jouissance que le sexe ne leur donne plus depuis longtemps. La scène finale est tout un symbole : James Ballard / Spaader, provoque un accident de voiture avec Helen Remington / Holly Hunter. Il rampe jusqu’à son corps meurtri et s’affale à ses côtés, comme deux amants tristes après l’orgasme, sur un terre-plein au milieu d’une autoroute anonyme et embouteillée. Les héros de <em>Easy rider</em>, <em>Vanishing point</em> ou <em>Electra glide in blue</em> explosaient en plein vol, disparaissaient au milieu du cadre rempli par les paysages grandioses qui ne font plus rêver les explorateurs ni même les spéculateurs. L’âme immobile, quant à elle, est mortifère.</p>
<p><a href="http://www.lecorridorbleu.fr/Blog/wp-content/uploads/images-2.jpg"><br />
</a></p>
]]></content:encoded>
			<wfw:commentRss>http://www.lecorridorbleu.fr/Blog/2010/07/10/la-vitesse-est-la-liberte-de-lame/feed/</wfw:commentRss>
		<slash:comments>0</slash:comments>
		</item>
		<item>
		<title>avec christophe manon</title>
		<link>http://www.lecorridorbleu.fr/Blog/2010/07/05/avec-christophe-manon/</link>
		<comments>http://www.lecorridorbleu.fr/Blog/2010/07/05/avec-christophe-manon/#comments</comments>
		<pubDate>Mon, 05 Jul 2010 04:10:35 +0000</pubDate>
		<dc:creator>cmb</dc:creator>
				<category><![CDATA[entretiens]]></category>

		<guid isPermaLink="false">http://www.lecorridorbleu.fr/Blog/?p=1031</guid>
		<description><![CDATA[Ton dernier ouvrage, Qui vive, écrit un désir révolutionnaire en train de se faire, de douter et de persévérer. On pourrait parler d’un lyrisme révolutionnaire. La dimension politique, portée par un imaginaire disons russe et soviétique, est-elle seulement un réservoir d’images comme un autre ou se veut-elle aussi engagement frontal et prosélyte ? Depuis quelque temps [...]]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<p><a href="http://www.lecorridorbleu.fr/Blog/wp-content/uploads/Manon_Ecla.jpg"><img class="aligncenter size-full wp-image-1032" title="Manon_Ecla" src="http://www.lecorridorbleu.fr/Blog/wp-content/uploads/Manon_Ecla.jpg" alt="" width="203" height="205" /></a></p>
<p><strong>Ton dernier ouvrage<em>, Qui vive</em>, écrit un désir révolutionnaire en train de se faire, de douter et de persévérer. On pourrait parler d’un lyrisme révolutionnaire. La dimension politique, portée par un imaginaire disons russe et soviétique, est-elle seulement un réservoir d’images comme un autre ou se veut-elle aussi engagement frontal et prosélyte ?</strong></p>
<p>Depuis quelque temps déjà, mon travail entretient en effet une certaine proximité avec le politique. <em>Qui vive</em> fait partie d’un ensemble de textes qui traitent tous de luttes d’émancipation que je situe dans l’avenir, mais qui s’inspirent d’événements historiques réels. Ton expression de « lyrisme révolutionnaire » est pertinente. J’ai par ailleurs qualifié ce cycle autour de <em>Qui vive</em> et de ses satellites de « lyrisme de masse ». Mais l’idée politique n’est pas seulement un « réservoir d’images ». Je ne cherche pas à trouver refuge dans l’imaginaire, qui n’a pour moi aucune positivité particulière. Ce qui m’intéresse plutôt, c’est la noblesse de la lutte et la justesse de la cause, même si je lui donne dans ce livre un contour délabré, presque lamentable. L’idée révolutionnaire, ce rêve d’une grande beauté, pour lequel des milliers d’hommes et de femmes ont lutté et souffert, en des lieux et des époques différentes, mérite un traitement à sa mesure. Ces figures sacrifiées, je tente de leur rendre hommage, de les faire entrer dans le légendaire en quelque sorte. « Louer maintenant les grands hommes », comme disait James Agee, qu’il s’agisse de fermiers de l’Alabama ou de la figure misérable et pourtant volontaire de <em>Qui vive</em>. Il est donc bien question d’engagement dans ce livre, mais sans prosélytisme. Cela dit, pour conclure, si je pratique la poésie, c’est aussi parce que je crois en sa force émancipatrice, quel que soit son « sujet », sa matière.</p>
<p><a href="http://www.lecorridorbleu.fr/Blog/wp-content/uploads/1Couv_Qui_vive1.jpg"><img class="aligncenter size-medium wp-image-1035" title="1Couv_Qui_vive" src="http://www.lecorridorbleu.fr/Blog/wp-content/uploads/1Couv_Qui_vive1-220x300.jpg" alt="" width="220" height="300" /></a></p>
<p><strong>Le révolutionnaire que l’on suit dans <em>Qui vive</em>, intransigeant et toujours en guerre, vit de peu mais vit intensément. Il y a une certaine fascination pour la pauvreté, l’échec, les vaincus de l’histoire dans ce livre. La beauté ou la raison sont-elles aussi de ce côté ?</strong></p>
<p>Je n’aime pas l’idée de fascination, mais il y a pour le moins attention, tendresse, attachement et, au final, fidélité. Pauvreté, échec, défaite ne sont pas des valeurs, n’ont pas de beauté en soi, ni n’expriment de vérité. Heureusement, il y a au moins autant de beauté dans la victoire, la réussite, la profusion, la joie. Mais je ne peux ignorer la fragilité de l’homme, ses faiblesses, ses désarrois, que je partage et que je chante à ma façon dans <em>Qui vive</em> pour tenter d’adoucir le destin de l’espèce humaine, de dire que je l’aime et que je crois en son avenir. Caresser, consoler, adresser un salut fraternel à mes semblables, tel était mon intention. Une attention portée aux choses et aux créatures. Comme disait Paul Celan : « Je ne vois pas de différence de principe entre une poignée de main et un poème. » Une des tâches assignées à l’écriture consiste à entretenir l’espoir et frayer une voie vers un avenir possible. Mais une juste compréhension des catastrophes que nous orchestrons constamment est la condition première à l’organisation sociale du bonheur. Dans cette perspective le travail sur la mémoire est essentiel, car il importe que l’immense douleur des hommes ne soit pas oubliée. Il est nécessaire pour cela de tenir registre des événements. Consigner la catastrophe. Recenser les vaincus. Convoquer les ombres. Redonner vie aux spectres, pour un instant, dans une sorte de tremblement. « Une sombre fidélité pour les choses tombées », pour citer Péguy. Un peu comme si des voix surgies des profondeurs du temps, de l’histoire, parlaient à travers moi.</p>
<p><a href="http://www.lecorridorbleu.fr/Blog/wp-content/uploads/manon_univerciel_face_b.jpg"><img class="aligncenter size-medium wp-image-1034" title="manon_univerciel_face_b" src="http://www.lecorridorbleu.fr/Blog/wp-content/uploads/manon_univerciel_face_b-227x300.jpg" alt="" width="227" height="300" /></a></p>
<p><strong>Tu emploies la prose alors que tes précédents ouvrages travaillaient le vers dans la lignée des travaux du <em>Jardin ouvrier</em> d’Ivar Ch’Vavar. On peut penser que l’écriture versifiée habite toujours ta prose ? Tu injectes également du narratif comme si la forme poétique craquait de toutes parts sous des influences étrangères.</strong></p>
<p><em>Qui vive</em> est un récit d’anticipation, ou se veut tel. Fragmentaire certes. Il y a des éléments narratifs, même s’ils sont particulièrement ténus. C’est un fil fragile, toujours prêt à se rompre. La plupart de ces fragments ont d’abord été élaborés en vers ou plutôt en « lignes flottantes » pour reprendre l’expression de Christoph Ransmayr. On peut d’ailleurs trouver des extraits de cette première étape sur ton <a href="http://re-pon-nou.blogspot.com/2008/05/qui-vive-de-christophe-manon-1.html">site</a><a href="http://re-pon-nou.blogspot.com/2008/05/qui-vive-de-christophe-manon-1.html"></a>. Le vers, la prose sont des formes hétérogènes, éminemment plastiques et perméables. Malgré des similarités rythmiques, ma façon de travailler l’un et l’autre est très différente. Dans mon cas, l’élaboration de la prose ne tient sur pratiquement aucune fondation, sur aucune des chevilles narratives qui permettent de la structurer. Elle est un peu comme en lévitation, suspendue en l’air, comme surgie de nulle part, sans autre cohérence que sa propre logique interne. Elle repose sur un équilibre très instable. La prose, c’est un peu comme du ciment. Il faut un certain nombre d’ingrédients pour la faire tenir. Certains font du béton armé, solide, inébranlable. Ce qui n’est pas dénué d’intérêt ni de charme. Pour ma part, j’y mets le plus de liquide possible, au point que ça risque de s’effondrer à chaque phrase. C’est pourquoi je suis incapable d’écrire des romans.</p>
<p>Le vers a quelque chose à voir avec la rythmique, la diction, la prosodie, la durée. C’est du temps que l’on mesure et dans lequel on peut décider d’introduire de la rupture à un moment précis, je dirais presque sous l’impulsion d’une nécessité. Il ne s’agit pas simplement d’un retour à la ligne. Dans <em>Univerciel</em>, j’essayais le vers long, ou plutôt le verset. Dans des textes récents, j’expérimente une alternance inédite pour moi entre vers courts et vers longs, sur un format bref qui ne dépasse pas une page.</p>
<p><strong>Avec tes choix esthétiques et formels radicaux, tu occupes une place à part dans le champ poétique actuel figé dans l’opposition entre lyrisme et formalisme (les Couillons et les Monstres dont parlait Nathalie Quintane). De quels autres auteurs te sens-tu proche ?</strong></p>
<p>L’opposition entre lyrisme et formalisme est probablement très française. Une façon de noyer le poisson. Le lyrisme est devenu la bête noire de la poésie contemporaine, le mot tabou, l’objet de tous les fantasmes, tous les rejets. Comme le Snark de Lewis Carroll, personne ne sait vraiment de quoi il s’agit, ni à quoi il ressemble, ou plutôt chacun a sa définition. Lyrisme ou formalisme, je ne vois pas de raison de s’interdire quoi que ce soit en matière d’écriture. Il me semble que tous les grands auteurs, en prose ou en poésie, sont des lyriques qui adoptent des positions formelles novatrices. Guyotat est un exemple récent. Mais chez les anciens, c’est évident : Dante, Dostoïevski, Proust, Céline, Celan, même Joyce…</p>
<p>J’apprécie et respecte le travail de beaucoup d’auteurs contemporains, même si mon écriture n’a pas toujours de rapport direct avec leurs œuvres. Certains me touchent. Je ne saurais en nommer aucun en particulier. Au fond, je suis de plus en plus sensible aux grands prosateurs comme Faulkner, Claude Simon, Sebald, Ransmayer. Quelques poètes aussi, bien sûr, tous les Russes des années 20-30 : Khlebnikov, Mandelstam, Akhmatova, Harms, pour citer les plus connus. Les Allemands d’après-guerre également, Celan, Sachs. Ils ont quelque chose à dire sur la violence du réel et la fragilité de l’homme. À un moment de leur travail, ils ont su parler au nom de tous. « Je suis votre voix, la chaleur de votre souffle » (Akhmatova). Pour moi, le lyrisme n’est pas l’exaltation du sujet, mais l’effacement de soi derrière la parole d’autrui. C’est de cette tension que peut surgir, incidemment, de l’universel. D’où l’expression de « lyrisme de masse » dont je parlais plus haut.</p>
<p><strong>Quels livres conseillerais-tu à nos lecteurs ? Quels films ?</strong></p>
<p>Outre tous les livres des auteurs que je viens de citer, je conseillerais <em>Ni les chiens, ni les loups</em>, un texte d’Anita J. Laulla (<a href="http://atelieragneau.free.fr/">Atelier de l’agneau</a>, 2010) qui m’a beaucoup ému, à la fois très dur et d’une douceur extrême. J’aimerais signaler aussi <a href="http://lecorridorbleu.fr/Holderlin-au-mirador.php"><em>Hölderlin au mirador</em></a>, de notre ami Ch’Vavar, qui a été pour moi comme un révélateur à mes débuts.</p>
<p>Un film ? Tout Tarkovski bien sûr. <em>Le Bonheur</em> d’Alexandre Medvedkine. <em>Soy Cuba </em>de Mikhaïl Kalatozov. Les deux très belles adaptations de Shakespeare <em>Hamlet</em> et <em>Le Roi Lear</em> de Grigori Kozintsev. Que des Russes ! Ajoutons <em>La Jetée</em> de Chris Marker et <em>Le Trésor des îles Chiennes</em> de F.J. Ossang pour faire bonne mesure.</p>
<p><span id="more-1031"></span></p>
<p style="text-align: right;">
<p style="text-align: right;"><em>Qui vive</em>, <a href="http://dernier.telegramme.free.fr/dt/Catalogue.htm">Le dernier télégramme</a><em><br />
Univerciel</em>, <a href="http://www.editions-nous.com/main.html">Nous</a></p>
]]></content:encoded>
			<wfw:commentRss>http://www.lecorridorbleu.fr/Blog/2010/07/05/avec-christophe-manon/feed/</wfw:commentRss>
		<slash:comments>0</slash:comments>
		</item>
		<item>
		<title>valahalla rising la saga des dieux oubliés</title>
		<link>http://www.lecorridorbleu.fr/Blog/2010/06/30/valahalla-rising-la-saga-des-dieux-oublies/</link>
		<comments>http://www.lecorridorbleu.fr/Blog/2010/06/30/valahalla-rising-la-saga-des-dieux-oublies/#comments</comments>
		<pubDate>Wed, 30 Jun 2010 08:01:50 +0000</pubDate>
		<dc:creator>cmb</dc:creator>
				<category><![CDATA[cinéma]]></category>

		<guid isPermaLink="false">http://www.lecorridorbleu.fr/Blog/?p=1025</guid>
		<description><![CDATA[A mi-chemin entre l&#8217;épopée hallucinée et le trip psychédélique, Valhalla rising, le dernier film de Nicolas Winding Refn, réalisateur de l&#8217;excellente trilogie Pusher et du plus consensuel Bronson, vous emportera très loin. One-Eye, guerrier terrible, borgne et silencieux, ne recherche pas la nouvelle Jérusalem comme les fous de Dieu qui l&#8217;accompagnent le long des 6 [...]]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<p><a href="http://www.lecorridorbleu.fr/Blog/wp-content/uploads/ValhallaRisingcastgrasswalk.jpg"><img class="aligncenter size-medium wp-image-1026" title="ValhallaRisingcastgrasswalk" src="http://www.lecorridorbleu.fr/Blog/wp-content/uploads/ValhallaRisingcastgrasswalk-300x264.jpg" alt="" width="300" height="264" /></a></p>
<p>A mi-chemin entre l&#8217;épopée hallucinée et le trip psychédélique, <a href="http://www.valhallarising.dk/">Valhalla rising</a>, le dernier film de <a href="http://fr.wikipedia.org/wiki/Nicolas_Winding_Refn">Nicolas Winding Refn</a>, réalisateur de l&#8217;excellente trilogie <a href="http://fr.wikipedia.org/wiki/Pusher">Pusher</a> et du plus consensuel <a href="http://www.excessif.com/cinema/critique-bronson-4708807-760.html">Bronson</a>, vous emportera très loin. One-Eye, guerrier terrible, borgne et silencieux, ne recherche pas la nouvelle Jérusalem comme les fous de Dieu qui l&#8217;accompagnent le long des 6 actes du film. Les terres découvertes à l&#8217;issue d&#8217;une traversée autant brumeuse que magique, réclament des nouveaux dieux, plus anciens ou trop nouveaux, c&#8217;est selon, et de nouvelles postures. One-Eye saura quoi et comment faire.</p>
]]></content:encoded>
			<wfw:commentRss>http://www.lecorridorbleu.fr/Blog/2010/06/30/valahalla-rising-la-saga-des-dieux-oublies/feed/</wfw:commentRss>
		<slash:comments>0</slash:comments>
		</item>
		<item>
		<title>la joie est vulgaire chez keskispass</title>
		<link>http://www.lecorridorbleu.fr/Blog/2010/06/29/la-joie-est-vulgaire-chez-keskispass/</link>
		<comments>http://www.lecorridorbleu.fr/Blog/2010/06/29/la-joie-est-vulgaire-chez-keskispass/#comments</comments>
		<pubDate>Tue, 29 Jun 2010 10:24:06 +0000</pubDate>
		<dc:creator>cmb</dc:creator>
				<category><![CDATA[revue de presse]]></category>

		<guid isPermaLink="false">http://www.lecorridorbleu.fr/Blog/?p=1018</guid>
		<description><![CDATA[A lire, pour les Réunionnais, un article de Nicolas Millet consacré à La joie est vulgaire de Charles-Mézence Briseul dans le magazine keskispass.]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<p><a href="http://www.lecorridorbleu.fr/Blog/wp-content/uploads/couv-Keskispass51.jpg"><img class="aligncenter size-medium wp-image-1021" title="Keskispass5_HD.pdf" src="http://www.lecorridorbleu.fr/Blog/wp-content/uploads/couv-Keskispass51-210x300.jpg" alt="" width="210" height="300" /></a></p>
<p>A lire, pour les Réunionnais, un article de Nicolas Millet consacré à <a href="http://www.decitre.fr/livres/La-joie-est-vulgaire.aspx/9782357290198">La joie est vulgaire</a> de Charles-Mézence Briseul dans le magazine <a href="http://www.keskispass.re/">keskispass</a>.</p>
]]></content:encoded>
			<wfw:commentRss>http://www.lecorridorbleu.fr/Blog/2010/06/29/la-joie-est-vulgaire-chez-keskispass/feed/</wfw:commentRss>
		<slash:comments>0</slash:comments>
		</item>
		<item>
		<title>des mois avec des poussins de fleuri delawaere 2</title>
		<link>http://www.lecorridorbleu.fr/Blog/2010/06/23/des-mois-avec-des-poussins-de-fleuri-delawaere-2/</link>
		<comments>http://www.lecorridorbleu.fr/Blog/2010/06/23/des-mois-avec-des-poussins-de-fleuri-delawaere-2/#comments</comments>
		<pubDate>Wed, 23 Jun 2010 18:41:22 +0000</pubDate>
		<dc:creator>cmb</dc:creator>
				<category><![CDATA[création]]></category>

		<guid isPermaLink="false">http://www.lecorridorbleu.fr/Blog/?p=1007</guid>
		<description><![CDATA[Je les aime. Je les ai détestés. Dans la bande du quartier, dix ans on avait et on exécrait les poussins. On s’en faisait des poings américains, ça saignait tout le long du bras, on était des grands chefs ; les plus forts. On enrobait des poussins dans la terre molle, on se les jetait, protégés [...]]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<p><a href="http://www.lecorridorbleu.fr/Blog/wp-content/uploads/poussins-002.jpg"><img class="aligncenter size-medium wp-image-1009" title="poussins 002" src="http://www.lecorridorbleu.fr/Blog/wp-content/uploads/poussins-002-252x300.jpg" alt="" width="252" height="300" /></a></p>
<p><!-- 		@page { margin: 2cm } 		P { margin-bottom: 0.21cm } --><span style="font-family: Garamond,serif;"><span style="font-size: x-small;">Je les aime. Je les ai détestés.</span></span></p>
<p><span style="font-family: Garamond,serif;"><span style="font-size: x-small;">Dans la bande du quartier, dix ans</span></span></p>
<p><span style="font-family: Garamond,serif;"><span style="font-size: x-small;">on avait et on exécrait les poussins.</span></span></p>
<p><span style="font-family: Garamond,serif;"><span style="font-size: x-small;">On s’en faisait des poings américains,</span></span></p>
<p><span style="font-family: Garamond,serif;"><span style="font-size: x-small;">ça saignait tout le long du bras,</span></span></p>
<p><span style="font-family: Garamond,serif;"><span style="font-size: x-small;">on était des grands chefs ; les plus forts.</span></span></p>
<p><span style="font-family: Garamond,serif;"><span style="font-size: x-small;">On enrobait des poussins dans la terre</span></span></p>
<p><span style="font-family: Garamond,serif;"><span style="font-size: x-small;">molle, on se les jetait, protégés ici</span></span></p>
<p><span style="font-family: Garamond,serif;"><span style="font-size: x-small;">par une haie, là par un fourré</span></span></p>
<p>– <span style="font-family: Garamond,serif;"><span style="font-size: x-small;">une rue séparait nos touffus châteaux-forts végétaux.</span></span></p>
<p><span style="font-family: Garamond,serif;"><span style="font-size: x-small;">On avait une réserve : car mon père</span></span></p>
<p><span style="font-family: Garamond,serif;"><span style="font-size: x-small;">en élevait. Oui, ce grand opportuniste gouvernait</span></span></p>
<p><span style="font-family: Garamond,serif;"><span style="font-size: x-small;">des poussins. Et on va commencer avec</span></span></p>
<p><span style="font-family: Garamond,serif;"><span style="font-size: x-small;">une anecdote bien meurtrière : l’appellation contrôlée</span></span></p>
<p><span style="font-family: Garamond,serif;"><span style="font-size: x-small;">qu’il donnait ordinairement à la mère. </span></span></p>
<p><span style="font-family: Garamond,serif;"><span style="font-size: x-small;">J’aurais trouvé ça drôle,</span></span></p>
<p><span style="font-family: Garamond,serif;"><span style="font-size: x-small;">ou idiot, si le père avait fait</span></span></p>
<p><span style="font-family: Garamond,serif;"><span style="font-size: x-small;">autre chose comme métier ; c’était déplacé,</span></span></p>
<p><span style="font-family: Garamond,serif;"><span style="font-size: x-small;">scabreux, qu’il use du mot poule</span></span></p>
<p><span style="font-family: Garamond,serif;"><span style="font-size: x-small;">pour appeler maman. Donc il appelait maman</span></span></p>
<p><span style="font-family: Garamond,serif;"><span style="font-size: x-small;">« ma poule », et maman appelait « mon poussin »</span></span></p>
<p><span style="font-family: Garamond,serif;"><span style="font-size: x-small;">sa progéniture – Fleuri Delawaere – c’est moi.</span></span></p>
<p><span style="font-family: Garamond,serif;"><span style="font-size: x-small;">C’était une drôle d’idée, toujours</span></span></p>
<p><span style="font-family: Garamond,serif;"><span style="font-size: x-small;">on a eu de drôles d’idées</span></span></p>
<p><span style="font-family: Garamond,serif;"><span style="font-size: x-small;">dans la famille – et moi, une fois</span></span></p>
<p><span style="font-family: Garamond,serif;"><span style="font-size: x-small;">j’ai trouvé un canard, tout petit,</span></span></p>
<p><span style="font-family: Garamond,serif;"><span style="font-size: x-small;">du genre de Saturnin – lequel m’effrayait</span></span></p>
<p><span style="font-family: Garamond,serif;"><span style="font-size: x-small;">par ailleurs, il faisait noir, sombres étaient</span></span></p>
<p><span style="font-family: Garamond,serif;"><span style="font-size: x-small;">les paysages coupés en brut par objets</span></span></p>
<p><span style="font-family: Garamond,serif;"><span style="font-size: x-small;">lumineux surexposés, la musique devait être angoissante,</span></span></p>
<p><span style="font-family: Garamond,serif;"><span style="font-size: x-small;">peut-être effroyable – j’ai eu un canard.</span></span></p>
<p><span style="font-family: Garamond,serif;"><span style="font-size: x-small;">Une drôle d’idée ; c’est que</span></span></p>
<p><span style="font-family: Garamond,serif;"><span style="font-size: x-small;">les canards marchent par deux, invariables, deux</span></span></p>
<p><span style="font-family: Garamond,serif;"><span style="font-size: x-small;">en un, et les poussins par milliers</span></span></p>
<p>– <span style="font-family: Garamond,serif;"><span style="font-size: x-small;">c’est pour ça que je trouve</span></span></p>
<p><span style="font-family: Garamond,serif;"><span style="font-size: x-small;">qu’ils sont déplacés dans les revues,</span></span></p>
<p><span style="font-family: Garamond,serif;"><span style="font-size: x-small;">seuls, et aussi lorsqu’on appelle poussin</span></span></p>
<p><span style="font-family: Garamond,serif;"><span style="font-size: x-small;">son enfant, et j’ai une véritable</span></span></p>
<p><span style="font-family: Garamond,serif;"><span style="font-size: x-small;">compassion aujourd’hui pour ces poussins esseulés, déportés.</span></span></p>
<p><span style="font-family: Garamond,serif;"><span style="font-size: x-small;">Je l&#8217;avais trouvé, rencontré tout seul,</span></span></p>
<p><span style="font-family: Garamond,serif;"><span style="font-size: x-small;">n&#8217;y pouvais rien : il était un !</span></span></p>
<p><span style="font-family: Garamond,serif;"><span style="font-size: x-small;">Fleuri n&#8217;avait rien séparé, pas brisé</span></span></p>
<p><span style="font-family: Garamond,serif;"><span style="font-size: x-small;">le duo qu&#8217;ils forment d&#8217;ordinaire.</span></span></p>
<p><span style="font-family: Garamond,serif;"><span style="font-size: x-small;">Donc autrefois j’ai eu un canard,</span></span></p>
<p><span style="font-family: Garamond,serif;"><span style="font-size: x-small;">mort sous une passoire à nouilles, enfermé</span></span></p>
<p><span style="font-family: Garamond,serif;"><span style="font-size: x-small;">là par maman – ça chie les canards,</span></span></p>
<p><span style="font-family: Garamond,serif;"><span style="font-size: x-small;">ça chie sur la moquette, ça dépote</span></span></p>
<p><span style="font-family: Garamond,serif;"><span style="font-size: x-small;">sévère et un peu partout et aussi,</span></span></p>
<p><span style="font-family: Garamond,serif;"><span style="font-size: x-small;">tout seul, ça meurt : marcher à deux,</span></span></p>
<p><span style="font-family: Garamond,serif;"><span style="font-size: x-small;">un canard derrière un autre canard, voilà</span></span></p>
<p><span style="font-family: Garamond,serif;"><span style="font-size: x-small;">ce qui leur faut pour vivre longtemps.</span></span></p>
<p><span style="font-family: Garamond,serif;"><span style="font-size: x-small;">Voilà comment il est mort, tout seul</span></span></p>
<p><span style="font-family: Garamond,serif;"><span style="font-size: x-small;">sous une passoire à nouilles métallique retournée,</span></span></p>
<p><span style="font-family: Garamond,serif;"><span style="font-size: x-small;">où des morceaux d’émail rose manquaient.</span></span></p>
<p><span style="font-family: Garamond,serif;"><span style="font-size: x-small;">Et voilà aussi comment on n’aimait</span></span></p>
<p><span style="font-family: Garamond,serif;"><span style="font-size: x-small;">pas les poussins, au point de jeter</span></span></p>
<p><span style="font-family: Garamond,serif;"><span style="font-size: x-small;">d’un bosquet à un autre bosquet</span></span></p>
<p><span style="font-family: Garamond,serif;"><span style="font-size: x-small;">des poussins en terre à la figure</span></span></p>
<p><span style="font-family: Garamond,serif;"><span style="font-size: x-small;">des copains, terre molle et bien serrée.</span></span></p>
<p><span style="font-family: Garamond,serif;"><span style="font-size: x-small;">C’est grâce à moi que tous,</span></span></p>
<p><span style="font-family: Garamond,serif;"><span style="font-size: x-small;">toute la bande, on les a détestés</span></span></p>
<p>– <span style="font-family: Garamond,serif;"><span style="font-size: x-small;">à cause du père, de son élevage</span></span></p>
<p><span style="font-family: Garamond,serif;"><span style="font-size: x-small;">et de sa poule qui était maman.</span></span></p>
<p><span style="font-family: Garamond,serif;"><span style="font-size: x-small;">J’allais oublier les concours de délivrance.</span></span></p>
<p><span style="font-family: Garamond,serif;"><span style="font-size: x-small;">Quand on organisait un Concours de Délivrance</span></span></p>
<p><span style="font-family: Garamond,serif;"><span style="font-size: x-small;">c’est que le stock de poussins,</span></span></p>
<p><span style="font-family: Garamond,serif;"><span style="font-size: x-small;">chez le père, était au plus bas,</span></span></p>
<p><span style="font-family: Garamond,serif;"><span style="font-size: x-small;">et que, quand on se les jetait</span></span></p>
<p><span style="font-family: Garamond,serif;"><span style="font-size: x-small;">à la face, ça ne servait pas</span></span></p>
<p><span style="font-family: Garamond,serif;"><span style="font-size: x-small;">deux fois bien souvent, c’était rare</span></span></p>
<p>– <span style="font-family: Garamond,serif;"><span style="font-size: x-small;">on était fort puissant dans nos châteaux-forts.</span></span></p>
<p><span style="font-family: Garamond,serif;"><span style="font-size: x-small;">Et donc s’il ne pleuvait pas</span></span></p>
<p><span style="font-family: Garamond,serif;"><span style="font-size: x-small;">on fabriquait une sorte d’épaisse bouillasse,</span></span></p>
<p><span style="font-family: Garamond,serif;"><span style="font-size: x-small;">on essayait de trouver la bonne consistance,</span></span></p>
<p><span style="font-family: Garamond,serif;"><span style="font-size: x-small;">celle de la terre molle qui maintient</span></span></p>
<p><span style="font-family: Garamond,serif;"><span style="font-size: x-small;">serrés les poussins. Et on la malaxait</span></span></p>
<p><span style="font-family: Garamond,serif;"><span style="font-size: x-small;">dans la passoire à nouilles du canard</span></span></p>
<p>– <span style="font-family: Garamond,serif;"><span style="font-size: x-small;">celle qui l’a tué – rose écaillée,</span></span></p>
<p><span style="font-family: Garamond,serif;"><span style="font-size: x-small;">et l’eau en trop s’écoulait.</span></span></p>
<p><span style="font-family: Garamond,serif;"><span style="font-size: x-small;">On obtenait ainsi une bonne pâte molle</span></span></p>
<p><span style="font-family: Garamond,serif;"><span style="font-size: x-small;">capable de contenir un bon gros poussin.</span></span></p>
<p><span style="font-family: Garamond,serif;"><span style="font-size: x-small;">Gégé, mon meilleur copain, piquait le chronomètre</span></span></p>
<p><span style="font-family: Garamond,serif;"><span style="font-size: x-small;">dans un tiroir chez lui, celui du père,</span></span></p>
<p><span style="font-family: Garamond,serif;"><span style="font-size: x-small;">rangé dans la table de nuit vitrifiée,</span></span></p>
<p><span style="font-family: Garamond,serif;"><span style="font-size: x-small;">et c’était lui qui chronométrait, calculait</span></span></p>
<p><span style="font-family: Garamond,serif;"><span style="font-size: x-small;">le temps qu’on mettait à délivrer</span></span></p>
<p><span style="font-family: Garamond,serif;"><span style="font-size: x-small;">le poussin de la motte en pissant.</span></span></p>
<p><span style="font-family: Garamond,serif;"><span style="font-size: x-small;">On pissait et la terre se désagrégeait,</span></span></p>
<p><span style="font-family: Garamond,serif;"><span style="font-size: x-small;">et ensuite on courait après le poussin</span></span></p>
<p>– <span style="font-family: Garamond,serif;"><span style="font-size: x-small;">quéquette en main, enfin, entre deux doigts –</span></span></p>
<p><span style="font-family: Garamond,serif;"><span style="font-size: x-small;">si le poussin avait encore la forme.</span></span></p>
<p><span style="font-family: Garamond,serif;"><span style="font-size: x-small;">C’était le must. On se retenait</span></span></p>
<p><span style="font-family: Garamond,serif;"><span style="font-size: x-small;">de pisser jusqu’au Concours de Délivrance,</span></span></p>
<p><span style="font-family: Garamond,serif;"><span style="font-size: x-small;">on buvait beaucoup d’eau très fraîche.</span></span></p>
<p><span style="font-family: Garamond,serif;"><span style="font-size: x-small;">On courait aussi, au jardin, chez Gégé,</span></span></p>
<p><span style="font-family: Garamond,serif;"><span style="font-size: x-small;">parfois, sans faire de boule de terre,</span></span></p>
<p><span style="font-family: Garamond,serif;"><span style="font-size: x-small;">on pissait en poursuivant le petit animal.</span></span></p>
<p><span style="font-family: Garamond,serif;"><span style="font-size: x-small;">On les aimait bien finalement les poussins.</span></span></p>
<p><!-- 		@page { margin: 2cm } 		P { margin-bottom: 0.21cm } --></p>
]]></content:encoded>
			<wfw:commentRss>http://www.lecorridorbleu.fr/Blog/2010/06/23/des-mois-avec-des-poussins-de-fleuri-delawaere-2/feed/</wfw:commentRss>
		<slash:comments>0</slash:comments>
		</item>
	</channel>
</rss>
